30 octobre 2009
Le cercle littéraire des amateurs d'épluchures de patates - Mary Ann Schaffer & Annie Barrows

Avec un titre comme celui-ci, la lecture ne pouvait être que bonne. Et elle le fut!
L'histoire se passe après-guerre en Angleterre. Et nous découvrons cette histoire via de la correspondance entre les protagonistes. Juliet est la jeune femme que nous suivons et qui découvre ce cercle littéraire improbable sur la petite île de Guernesey. On s'attache aux personnages grâce aux descriptions dans les lettres ou grâce à ce qui est relaté sur les occupations des uns ou des autres.
C'est très frais, très optimiste, très romanesque. Les personnages sont en couleur, avec de vrais caractères et des personnalités diverses: nous avons des excentriques, des posés, des enthousiastes, des observateurs... Les émotions sont décrites suivant la sensibilité de l'auteur de la lettre. Petit à petit, une histoire se dessine, au fur et à mesure que les liens se tissent entre les personnes.
C'est une belle histoire qui se déroulent dans ces lignes: une histoire pleine d'espoir au sortir d'une guerre destructrice. On sent l'envie de tout recommencer, de faire fi du passé et d'aller de l'avant.
On se sent bien avec ce livre. On a l'impression d'avoir découvert un coffre dans un grenier avec des paquets de lettres retenues par une ficelle et de lire les lettres tant chéries de notre grand-mère à la lueur d'une lampe de poche, sur le plancher poussiéreux. Une belle impression, forcément, on a découvert un trésor!
Un bon bouquin à lire ce week-end car normalement, le temps se gâte!
28 octobre 2009
n°1
1972
"Il est ou? demande Annie avec angoisse à son père. Je peux plus attendre, je vais accoucher, il faut absolument que Georges arrive et me conduise à l'hôpital!"
Le père d'Annie, Pierre, est un homme imposant, fortement charpenté qui ne montre pas encore son mécontentement et sa colère à sa fille pour ne pas lui communiquer d'angoisses mais les aiguilles qui s'affolent sur sa montre commencent à lui faire naître un sentiment de haine à l'égard de son gendre. Ce n'est qu'un irresponsable, je le savais que ça se passerait comme ça! Il jette des coups d'oeil à Léontine, sa femme, qui n'en finit plus de marmonner dans son coin.
"Mais c'est pas possible, il lui est arrivé quelque chose! Il a dit qu'il allait acheter des cigarettes et qu'il revenait. Quand même, il a bien vu qu'elle commençait à avoir des contractions!
- Arrête maman, s'il te plaît, tu l'as déjà dit cent fois, c'est pas le moment...
- Mais c'est pas normal, ça fait plus d'une heure qu'il est parti!"
L'ambiance générale commence à devenir houleuse dans la petite maison du quartier tranquille des Charmilles. Léontine ne se supporte plus. Voilà un an qu'ils sont mariés et c'est un an de mensonges, de tromperie et de malhonnêteté. Et ma fille, il y pense? Il la rend malheureuse!
" Tu vois Annie, je te l'avais dit!
- C'est pas le moment, je t'assure... Il faut que je parte tout de suite sinon je vais accoucher ici!"
L'angoisse commence à envahir Annie qui se met à pleurer de douleur et de désespoir.
"Je le veux plus ce bébé! J'ai mal!
- Je vais chercher un voisin, dit Pierre. Peut-être que les Jeannet pourront t'emmener. Allez, tiens le coup ma petite!"
Pierre et Léontine n'ont jamais eu de voiture. Ils se sont rencontrés tard, à plus de trente ans, se sont mariés en 1945 et ont eu quatre enfants: Jean en 1947, Catherine en 1948, Solange début 1950 et Annie fin 1951. Ils habitent depuis toujours dans la même ville et leur vie s'est toujours cencentrée autour de leur quartier. Pierre est un cantonnier bon vivant. Il aime la bonne chair et le bon vin. Il a toujours été apprécié de ses collègues et de son voisinage. C'est un personnage et lorsqu'il parle, on l'écoute. Il est d'une sensibilité à fleur de peau et malgré son air souvent bourru, il ne ferait jamais de mal à une mouche. Léontine, quant à elle, est d'une nature inquiète: du genre j'arrête tout si on frappe à la porte, on ne sait jamais, c'est peut-être une très mauvaise nouvelle. C'est une petite femme rondouillarde qui s'agite toujours dans sa cuisine et se plait à répéter les choses plusieurs fois de suite pour être bien certaine qu'on l'a comprise, sinon entendue. C'est une "tracassière" comme elle se plait à le dire. Et d'ailleurs, le mariage de sa plus jeune fille, lui a valu beaucoup de maux d'estomac. Visiblement, son inquiétude était fondée sur une réalité, le George n'étant qu'un avorton, un bon à rien! Et en plus, il lui a fait un enfant! Comment ils vont l'élever s'il n'est jamais à la maison? Heureusement qu'Annie travaille... Léontine n'en finit plus de gamberger et de tout voir en noir. Et cette petite Annie qui gémit... Oh putain, putain, putain!!! Elle est comme ça Léontine, elle jure quand elle est en colère ou quand elle ne maitrise plus son angoisse, si bien qu'en ce 27 janvier, les jurons fusent. Elle regarde sa fille du coin de l'oeil, ce qui exaspère Annie car les regards de sa mère la renvoient à l'échec de son mariage. Il est déjà assez difficile d'accéder au rôle de femme dans une famille et d'autant plus aux yeux de sa propre mère.
Annie était fière d'être la première des trois filles à avoir un enfant. Ses deux soeurs sont mariées bien sûr mais aucun bébé pour l'instant. Seul Jean a honoré la famille d'un fils. Et elle, la "petite", comme ils l'appellent encore tous, avait fièrement annoncé qu'elle était enceinte neuf mois plus tôt.
24 octobre 2009
J'ai rêvé du père Noël

En me réveillant ce matin-là, j'avais encore l' image du père Noël et de sa fabrique de jouets à l'esprit quand j'ai retrouvé l'univers si familier de ma chambre. Comme si j'avais réellement vécu un voyage extraordinaire pendant la nuit. Mais le simple fait de me réveiller dans mon lit avec seulement des images floues de ma formidable épopée a suffit à me convaincre que j'avais bel et bien rêvé...
... et pourtant, il était là le gros bonhomme avec toute sa tribu. Son immense maison en bois planté au milieu d'immensités neigeuses crachait de la fumée de la grande cheminée alimentée par les lutins. Du bois parterre, du bois aux murs, des chocolats chauds, des tartes fumantes et de la bonne humeur...
J'ai même le souvenir d'avoir pensé que déjà, chez nous, les vitrines s'habillaient de rouge et de vert, de neige synthétique et de guirlandes. J'ai pensé aux rues qui allaient bientôt s'illuminer en rivalisant d'inventions pour donner une ambiance chaleureuse et apaisante.
Alors, ce matin, après avoir vécu "tout ça" durant la nuit, je suis montée tout là-haut sous les mansardes avec les miettes et je leur ai solennellement expliqué en regardant les toits de la ville qui s'étalaient devant nous par la fenêtre, que ce serait notre poste de surveillance en décembre pour voir arriver le père Noël!
19 octobre 2009
Val, selon Eudoxie!
Je suis à l'honneur chez Eudoxie et j'en suis toute flattée que même je pense que je vais rougir, si si!!!
Alors, allez vite voir chez la talentueuse Eudoxie toutes les choses gentilles qu'elle dit de moi et laissez-lui un petit commentaire qui lui fera plaisir! Allez hop, c'est parti!
17 octobre 2009
Entre les murs...
Le titre est très bien choisi, c'est vraiment "entre les murs"...
Je suis plutôt déçue, je m'attendais à autre chose... à autre chose de mieux... de plus vivant, pour le moins, de plus vrai et de moins superficiel. Ben ouais, j'ai bien conscience de critiquer une palme d'or du Grand Festival de Cannes... je sais, je m'oppose à tout un tas de "spécialistes" du cinéma. Ok.
D'un point de vue réalisation, c'est nickel. J'ai aimé la façon dont c'était filmé. On a l'impression d'y être, d'être parmi les jeunes, de suivre le prof, on va même peut-être pouvoir donner son avis.
Les jeunes jouent bien, le prof aussi, certaines situations sont très réalistes et d'autres bien moins... Certains personnages sont carrément à côté de la plaque et l'ambiance ne fait pas du tout vrai.
Que dire de cette salle des profs qui est statique? Un prof pète les plombs, les autres regardent, ils sont placides, on se demande à quelle moment de la journée ça se passe: récré? Ben si c'est le cas, où est le bruit des gamins?
La récré justement, parlons-en: c'est un collège avec deux ou trois classes? Une impression de vide règne. Et ce principal qui semble être rigide, ne pas prendre de décision et qui ne tient aucun discours éducatif quand un événement se produit. Je ne parle pas de ce qui semblait être un Conseil d'Administration où le gestionnaire doit se défendre de la hausse du prix du café, ni de la CPE, ni du prof qui s'oppose au héros, ni de ce héros justement qui semble souffrir intérieurement et qui est seul.... Or, dans un établissement, on n'est pas seul.
Je sens très bien ce qu' aurai pu être ce film. Certains dialogues sont ciselés, très vrais mais il manque, à mon sens, un fil conducteur, une ambiance, plus de présence, plus de révoltes, plus de colère, plus de dialogues, d'échanges, de points de vue!
Dommage, c'était prometteur. Le fond était là, il manque "juste" les "interconnections" qui auraient fait de ce film un petit bijou de réalisme!
11 octobre 2009
Les Halles

Le samedi matin, nous on fait le marché. Ainsi on achète la viande, le fromage et quelques légumes aux Halles, c'est un rituel. Les miettes, elles, elles rigolent. "Y a que des vieux! " nous a fait remarqué la grande. Et c'est vrai, le samedi matin, aux Halles il n'y a que des vieux et si on y regarde d'un peu plus près, c'est pas triste.
Ils sont tous là pour faire des affaires, pour aller plus vite que les autres malgré leur vitesse de déplacement bien moindre qu'autrefois, ils sont super importants, plus que le trentenaire (dont je fais encore partie) qu'ils méprisent allègrement sans même s'en cacher! Par contre, ils s'extasient devant la bouille du quignon (qui est à croquer, il faut le reconnaître) et ont toujours un bon mot pour les miettes qui savent faire leurs petites charmantes. Bref, il faut le savoir, le samedi, aux Halles, la population est parfois "hostile-mielleuse"!
Et puis, samedi, avec mon chéri, on a bien ri. Seuls, sans enfants, nous nous sommes séparés: lui à la viande et moi au fromage. Je suis derrière une cliente qui est en train de commander et derrière moi, arrive la petite mémé-sans-gêne, qui me marche presque dessus pour admirer les crottins en face de moi. Mémé s'énerve quand la fromagère parle avec les clients qui arrivent derrière elle: elle frappe à la vitrine pour montrer son agacement et souffle quand je commande plusieurs fromages. Ce sont les Halles, le samedi matin...
Je rejoins mon chéri qui faisait encore la queue à la viande et qui voilà-ti pas? Ma mémé râleuse qui m'attrape le bras et me dit comme si on avait gardé les chèvres (rapport au fromage, hein, vous m'suivez?) ensemble et me dit: "Vous me gardez la place là, hein, je vais acheter une salade!" Je ne réponds pas vraiment devant cette effrontée et commence à pouffer en racontant l'aventure à la fromagerie. D'autres clients arrivent, j'oublie la mémé et quelques minutes plus tard, elle m'attrape à nouveau le bras, passant devant tous ceux qui s'étaient massés derrière nous et me dit: "Ah! vous voilà! je vous avais perdue! Je faisais la queue derrière une dame qui avait le même blouson que vous!" Et bien oui, elle est passée devant trois ou quatre clients avec cette supercherie!
Même pas mal la mémé!!!
Les Halles le samedi matin...
07 octobre 2009
La vieille table
Elle en a vu cette vieille table que nous avons récupérée dans une grange. Elle était là, depuis longtemps, abandonnée, délaissée, accueillant désormais les araignées et les crottes des hirondelles qui ont fait leur nid sous la barge. Elle en a vu de sacrées même! Fabriquée à la fin des années 30 pour un cadeau de mariage, elle en a eu des convives! Elle a résisté à ces milliers de repas, pris à la va-vite ou en famille. Elle a résisté à ces coups de couteaux et de fourchettes. Elle a résisté aux poings rageurs qui se sont immanquablement écrasés sur son plateau et elle en a des histoires à raconter!
Certains se sont endormis dessus, d'autres y ont joué aux cartes, d'autres encore, les femmes exclusivement y ont épluché leurs légumes et équeuté leurs haricots verts. On y a rit, on y a pleuré et on a couru autour d'elle! Elle en a vu des visiteurs, elle en a écouté des conversations, recueilli des confidences. On y a posé des milliers de verres et des milliers d'assiettes. Elle porte encore en elle toutes ces odeurs de soupe et de tartes fumantes. Pendant des années, elle a été au centre d'une famille, témoin du quotidien, de la vie...
Et puis, on l'a reléguée dans la grange.
Aujourd'hui, elle va retrouver une seconde jeunesse. Dans quelques temps, quand elle se sera refait une beauté, elle trônera à nouveau dans la pièce à vivre et sera, une fois encore, au centre d'une famille, au centre de ma famille. On a tant de choses à faire dessus!
05 octobre 2009
La peur du noir!
Quand j'étais petite, je dormais sous des tonnes de couvertures et un édredon en plume, garanti 100% chaleur, avec un pyjama et des chaussettes et malgré tout, je ne bougeais pas un orteil sous mon bouclier anti-méchant-vilain-qui-vient-me-kidnapper. Pourtant il aurait eu vite fait d'arracher les épaisseurs de drap et autres duvet pour arriver jusqu'à moi et je devais en être consciente car je me coulais dans ce lit d'angoisse, sans bouger, comme si je n'étais pas là. Dans la grosse armoire imposante, se cachait forcément un affreux qui attendait que je dorme pour venir me chercher et les bruits venant des voisins au petit matin étaient tout simplement ceux faits par les kidnappeurs du matin qui n'étaient pas très discrets et que j'avais débusqués en me reveillant!
Vous imaginez l'angoisse! Aujourd' hui, je sais, je sais pourquoi, j'ai traversé la petite enfance avec autant de peurs au creux du ventre et je ne voudrais pour rien au monde que mes enfants aient les mêmes terreurs.
Pourquoi je vous parle de ça? Parce que nous avons accueilli ce week-end une petite de la famille, qui malgré la présence des miettes dans la chambre et une veilleuse qui illumine une bonne partie de la pièce, voit des fantômes et des monstres sous le bureau, sous le lit et même derrière la porte! La peur du noir m'est revenue d'un coup avec cette bile d'angoisse et du coup, je me demande ce qui peut bien terroriser cette petite...
Les miettes se lèvent dans le noir et vont aux toilettes seules la nuit si elles ont besoin, se dirigeant uniquement à la faible lumière de la lune qui filtre derrière les fenêtres. Je ne l'aurais jamais fait et je suis admirative qu'elles ne pensent même pas au noir. Maintenant bien sûr, le noir ne me fait plus peur et je ne supporte plus d'être bordée dans le lit, je dors d'ailleurs les pieds dehors, la couette dans tous les sens, ce qui peut agacer mon chéri qui ne comprend pas forcément les mouvements hystériques du lit! Le noir est mon ami désormais.
Cette petite a la boule au ventre dès que les premiers rayons déclinent et je voudrais bien savoir pourquoi...




