12 décembre 2009
n°7
Préviously: n°1, n°2, n°3, n°4, n°5, n°6
Mai 1972
"Alors ça, c'est pas mal!
- Quoi donc?" hurle Annie de la chambre de Lisa, ravie que Georges passe enfin la porte!
Il était parti chez un copain répéter pour le samedi 27 les quelques morceaux qui avaient encore du mal à passer à la basse. Comme lui avait dit Georges "Tu ne voudrais quand même pas que je joue comme un pied à ce bal! Jamais je ne supporterais de mal jouer! Je dois m'exercer et toi, tu dois comprendre ça!" Après quoi, il avait claqué la porte d'entrée, la basse à la main dans son étui. Le bruit de la porte d'entrée qui vint s'écraser sur le chambranle réveilla Lisa qui venait juste de s'endormir après un bon biberon en guise de déjeuner. Annie avait eu toutes les peines du monde à la faire se rendormir et avait décidé que pour une fois, elle ne passerait pas le dimanche toute seule avec sa fille à l'appartement. Vers les quatorze heures trente, Lisa était installée dans son landeau et regardait avec curiosité sa maman qui osait pour la première fois, sortir seule avec sa petite. Elles s'installèrent dans l'asenceur et cinq étages plus bas, Annie décida de son itinéraire. Elle traversait la cité jusqu'au boulevard et irait tout droit jusque chez ses parents. Elle avait emmené tout ce qui était nécessaire pour Lisa, si bien qu'elle pourrait passer l'après-midi là-bas.
"ALors... qu'est-ce qui est pas mal? redemande-telle à Georges qui s'est installé au salon et fume une gitane.
- Figure-toi qu'il y a un type qui a démonté la Pietà à coup de marteau aujourd'hui à la basilique St Pierre! Le gars à la radio, il a même dit que ça avait fait un tel boucan que certaines femmes avaient cru que c'était une bombe qui explosait!"
Georges est excité comme une puce et semble trouver cette nouvelle particulièrement épatante. Son humeur joviale, Annie ne la connaît que trop. Au début de leur mariage, il se comportait comme ça quand ils avaient passé le week-end à la maison, à trainer et à faire l'amour. Le ton enjoué qu'il emploie agace fortement Annie qui ne comprend pas très bien comment un homme de vingt-deux ans, père de famille peut se comporter comme un gamin à qui on viendrait d'offrir une crème glacée. Ce n'est pas digne d'un tel engouement à ses yeux, d'ailleurs, elle ne voit pas réellement de quoi il parle. Elle lui met Lisa dans les bras et lui demande d'éteindre sa cigarette. Voyant que sa femme ne réagit pas à LA nouvelle du jour, Georges se braque immédiatement:
" Evidemment, Ca t' intéresse pas! Je parie que tu ne vois même pas de quoi je parle!" Le ton de sa voix et profondément dédaigneux, ce qu'Annie ne manque pas de percevoir. Sa colère commence à monter et comme à chaque fois, les larmes aussi et elle ne peut s'empêcher d'exploser:
" Tout juste! Et tu sais quoi? Je m'en fous! Toute à l'heure quand tu es parti répéter, je te signale que tu as réveillé la petite! Il faut que je te rappelle qu'on a un bébé à la maison? Ou peut-être que ça ne t'intéresse pas! Dis-moi, c'était bien avec André ? lance-t-elle sur un ton ironique, plutôt inhabituel chez elle.
- Oui, très bien pourquoi?
- Parce que tu ne t'es pas encore vanté de tes prouesses! Et puis... je ne vois pas comment André pouvait répéter avec toi et me faire signe de sa voiture sur le boulevard tout à l'heure!"
Le mensonge est énorme mais il est efficace. L'emportement soudain et forcé de Georges en est la preuve. C'est comme ça qu'il réagit pour cacher son étonnement et la prise de flagrant délit. Il va falloir ruser et réagir très vite.
" N'importe quoi! Tu étais sur le boulevard avec Lisa?
- Parfaitement! Comme tu l'as réveillée, je suis allée chez mes parents avec le landeau. Tu peux aller les voir et leur poser la question!"
L'étau se resserre. Annie ne semble pas l'abuser et puis ce n'est pas son style. Il lance très vite:
" Bien sûr qu'il est passé sur le boulevard, il allait acheter des gitanes!
- Sacré détour! Il va acheter des cigarettes dans notre quartier alors qu'il habite à l'autre bout de la ville?!"
Sa répartie et sa présence d'esprit ont raison des nerfs de Georges qui ne se contient plus:
" Tu m'emmerdes Annie! J'étais pas avec André, si tu veux tout savoir!" La-dessus, il pose Lisa comme un paquet dans les bras de sa femme et pour la deuxième fois de la journée claque la porte.
02 décembre 2009
n°6
Previously: n°1, n°2, n°3, n°4, n°5
"Christine... Ca va?" ose-t-il tout de même. Il n'attend pas vraiment de réponse mais pose sa question comme pour se rassurer. Oh la la, elle n'a pas l'air d'aller bien du tout! Qu'est-ce qu'elle a? Qu'est-ce qui ne va pas?
Un brancardier arrive avec une chaise roulante devant la voiture, précédé par l'infirmière.
"Elle va avoir votre bébé, dit-elle, comme pour répondre à sa question mentale. Vous devriez vous pousser un peu... là, merci monsieur."
François est hagard. Il se tient à présent contre le coffre de la Peugeot, un peu dans les nuages.
"C'est votre premier enfant?" Son ton est plus affirmatif qu'interrogatif, comme s'il était évident que ces deux-là vivaient cela pour la première fois.
Avec un savoir-faire indéniable - François dira plus tard que ces gens-là savaient ce qu'ils faisaient - Christine est transportée sur le fauteuil et amenée rapidement en salle d'accouchement. François, épuisé par tant de nervosité et de précipitation s'affale littéralement sur la chaise dans une salle d'attente. Il est complètement hébété et se demande comment il va faire avec un bébé. C'est l'affaire des femmes, je refuserai de le porter. Je pourrais le faire tomber... Et puis, j'y connais rien, moi, en bébé! Qu'est-ce que ça fait toute la journée? J'en sais trop rien... Ca attend...
Ses réflexions le poussent si loin qu'il s'endort sur la chaise, les jambes tendues et croisées l'une sur l"autre. Une main pend sur le côté, l'autre est posée à plat sur son ventre. Il est parti au pays des langes, des pleurs et des crachouillis. Puis, il entend une voix lointaine qui l'appelle "Monsieur? Monsieur?" On lui secoue l'épaule. Eh! Mais oui, c'est à lui qu'on s'adresse!
" Oui? Quoi? s'exclame-t-il la bouche pâteuse.
- Vous me suivez s'il vous plaît, lui demande la jolie demoiselle en souriant. Je crois que votre femme a une surprise pour vous."
François se sent comme jamais il ne s'est senti. Son corps avance sur deux jambes mais son esprit est loin. Il est absolument incapable de réfléchir ou d'avoir même une pensée. Il suit bêtement l'infirmière au ralenti. C'est un homme vidé qui marche le long du couloir, ne ressentant que des sentiments confus et méconnaissables. Plus aucune rationalité n'habite ce cerveau, il est face à l'inconnu, désarmé, à genou. La jeune femme entre dans une pièce et l'amène jusqu'à Christine qui a retrouvé un visage apaisé. Elle lui sourit. Il se souvient à présent de la scène de la voiture et raide comme un piquet, tourne la tête de façon saccadée à la recherche d'un berceau. Christine lui attrape le poignet pour le calmer et lui indique l'autre côté de son lit où un petit berceau transparent abrite un nouveau-né endormi.
"Qu'il est beau!" s'exclame François, lui-même étonné par sa réflexion. C'est beau comme ça un bébé? Il a beau réfléchir, il n'en a jamais vu vraiment. Bien sûr dans son entourage, il y en a quelques uns: celui de sa soeur par exemple mais à y réfléchir de plus près, il ne se souvient pas de son visage. En fait, il ne l'a jamais regardé! Son attention était toujours portée ailleurs.
Mais celui-ci, le sien, son fils, alors-là, oui, il est magnifique! Tout brun, des cheveux fins. Le nez est tout petit et ses deux petites joues sont rouges comme si elles avaient été au contact de la neige. Ses yeux sont fermés mais déjà on aperçoit les fins sourcils qui souligneront son regard. Les oreilles sont bien plaquées, bref, il est magnifique!
" Comment sais-tu que c'est un garçon?
- Parce qu'il a une tête de garçon, ça se voit! dit-il sûr de lui.
- Et une tête de fille, ça ressemblerait à quoi selon toi? répond Christine amusée. Elle aurait des boucles d'oreille tu crois?
- Je ne sais pas..."
François ne relève pas tellement il est absorbé par la contemplation de son fiston. Il n'en revient pas d'être aussi heureux, il a un fils, il a un fils!!!
"Alors, c'est Paul?
- Oui, c'est ce qu'on avait décidé, non? Paul! Ca lui va très bien. Paul, fils de François! Merci Christine... Tu m'as fait le plus beau de cadeaux. Je t'aime..."
Les nouveaux parents s'enlacent. Le petit Paul est bien au chaud sous sa couverture, il est 23 heures 51 en ce 27 janvier 1972, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.
24 novembre 2009
n°5
Préviously: n°1, n°2, n°3, n°4
Christine avait éteint son chevet et avait fait mine de dormir. Elle aurait voulu que François insiste et se confonde en excuses. Elle aurait d'abord refusé de lui parler, puis progressivement, elle se serait retournée vers lui et aurait fini par lui pardonner. Mais rien de tout cela n'arriva. François se contenta d'éteindre lui aussi et s'endormit presque aussitôt!
La colère de Christine ne s'en renforça d'autant plus, que le lendemain matin, il fit comme si la veille au soir, tout avait été normal. Elle décida de ne plus lui parler et d'attendre qu'il trouve la bonne formule pour s'excuser. Elle allait lui faire payer ce comportement. Elle lui avait annoncé la plus belle nouvelle de sa vie et il n'y avait absolument pas réagi ni montré le moindre sentiment, la moindre émotion. Par contre, si elle lui avait déclaré que la vache numéro 43 avait vêlé seule dans l'étable, ça l'aurait animé.
François ne manquait pas de sensibilité, non, elle était juste différente de celle des autres. L'importance des choses ne se situait pas au même niveau que pour le commun des individus. Bien sûr qu'il était content d'avoir un fils, car ce sera forcément un fils, il transmettra le nom de famille et il aidera à la ferme. C'était même une sacrée bonne nouvelle!
A midi, il alla voir ses parents pour leur annoncer LA nouvelle! Tout comme lui, son père ne manifesta aucune émotion mais félicita son fils d'une poignée de main ferme. La maman ne put retenir sa larme et promit de passer voir Christine dans la journée pour l'embrasser.
De son côté, Christine prit le car après le travail et alla manger chez sa mère en ville. Elle ne pût s'empêcher d'annoncer l'heureux événement en arrivant. Les deux femmes fondirent en larmes en se prenant dans les bras.
" Et François? Il est content?
- Il a rien dit, répondit-elle, cachant à peine sa déception. Je lui en veux tu sais, lâcha-t-elle très énervée.
- Allez ma petite, il est comme tous les hommes, il ne montre rien mais je suis sûre qu'au fond de lui, il est ravi..."
La grossesse s'était plutôt bien passée et Christine avait été beaucoup fatiguée car la ferme prenait de la place mais dans l'ensemble, tout s'était déroulé normalement. François n'avait toujours pas compris la réaction de sa femme, ni les autres sautes d'humeur que Christine avait souvent mais, philosophe dans l'âme, il savait que ça passerait car tout passait, les bonnes choses comme les mauvaises.
"François, tu feras ton boulot plus tard, il faut qu'on y aille!
- où?
- A ton avis?! gémit-elle. Je vais avoir le bébé, tiens! Dépêche-toi, il faut qu'on aille à la clinique, maintenant!
- Oui, je vais juste passer à l'étable voir si...
- Non! le coupe-t-elle, on y va MAIN-TE-NANT!!! Je vais accoucher!
- Oui d'accord, on y va, réplique-t-il un peu sonné et comme sorti d'un rêve, va t'installer dans la voiture, je vais chercher la valise dans la chambre, va vite!"
Le trajet pour aller à la clinique ne prend qu'une vingtaine de minutes et ils arrivent si vite que c'en est presque déroutant. Nous allons avoir le bébé! Il arrive, je sens qu'il sort...
"François... le petit... il sort!
- Quoi?
- Il est en train de sortir... Vite, fais quelque chose!!!"
François se précipite chercher quelqu'un dans la clinique. Ils sont devant les urgences et pourtant rien ne semble l'indiquer. Tout est calme. Il n'y a personne au bureau: quelqu'un est pourtant censé accueillir les malades, les accidentés, les femmes enceintes! Sur la banque, une sonnette qu'on trouve sur le comptoir des hôtels. François y appuie de toutes ses forces et tend le cou dans toutes les directions à la recherche d'une femme en blanc. Plusieurs couloirs s'ouvrent à lui et il ne sait de quel côté la réponse viendra. Une femme, une infirmière, se présente sur sa gauche, l'oeil interrogateur.
"Oui? demande-t-elle.
- Ma femme... dans la voiture... elle sent le petit sortir!!! lâche-t-il essoufflé.
- Je vais chercher un fauteuil roulant, allez-y, allez la rejoindre..."
Elle a compris malgré la phrase bizarre qu'il a prononcée. Lui même a du mal à saisir ses propres propos. Le petit... Ca y est, nous y voilà, je vais être père, c'est... curieux, je vais avoir un bébé. Mais comment c'est possible? Ca semble tellement irréel... je vais...
Il est sorti de sa réflexion par le cri de Christine qui se fait entendre depuis la voiture. Il se précipite, ouvre la portière et trouve sa femme dans une drôle de position. Elle a les deux mains posées à plat de chaque côté du siège. Ses pieds, nus, se contorsionnent juste à côté de celles-ci. Elle est comme assise sur le siège de la voiture, mis à part que les fesses ne touchent pas le tissus. Elle hurle de douleur, en larmes, son regard ne sait où se poser. C'est comme si l'instinct animal avait repris ses droits. Christine ressemble à une femelle qui va mettre bas. C'est en tout cas comme ça que François perçoit les choses et cela l'émeut énormément. Il ne sait d'ailleurs pas quoi faire et trépigne devant sa femme sans pouvoir la soulager, l'aider, la soutenir.
"Tiens le coup, je suis avec toi!" lui crie-t-il en bredouillant à moitié. Elle tourne soudain la tête dans sa direction et son regard noir se pose sur lui d'une manière féroce. Elle n'arrive pas à prononcer un seul mot mais émet une sorte de plainte rauque en le fixant de côté.
Il ne reconnait plus sa femme. Un frisson lui parcourt le dos et ses mains se mettent à trembler.
17 novembre 2009
n¨4
Je me fais des idées, c'est l'angoisse qui parle, pas moi. François est juste parti vérifier que tout va bien avec la vache et il va revenir dans un instant pour que nous partions pour la clinique. Il faudrait qu'il arrive maintenant quand même... Les contractions sont rapprochées à présent. Ah, un bruit dehors, ce doit être François qui arrive. Oui, il est là.
"Le veau... ça va dit-il en repoussant la porte d'entrée. Je suis crevé et je dois encore m'occuper de ceux qui sont à l'étable."
François est agriculteur. Il travaille depuis toujours et la ferme est à la fois sa maison et son travail. Evidemment, il est le seul à avoir cette vision des choses.
Cela fait deux ans qu'ils sont mariés et il faut bien avouer que la vie d'un fermier n'est pas toujours simple, ni pour lui-même, ni pour l'entourage d'ailleurs. En effet, les dimanches sont identiques aux autres jours de la semaine, les horaires sont complètement décalés et il n'est pas rare que sa journée se finisse vers dix heures du soir. La nuit n'est pas toujours aussi tranquille: on n'est pas à l'abri d'un pépin avec une vache et les fêtes ne sont pas complètement vécues comme telles car l'amour d'un bovin pour son maître est quotidien.
Bref, une fois mariés, le bébé a mis du temps à pointer le bout de son nez. Christine ne comprenait pas pourquoi elle ne tombait pas enceinte. D'un autre côté, la perspective d'avoir un enfant était... disons, angoissante. A quel moment lui donnerait-elle du temps? Et François? Quand il rentre, c'est pour manger et dormir. A la rigueur, il ferait un gouzi gouzi entre deux tasses de café mais pour le reste... Et la nuit? Un bébé, ça se réveille la nuit, non? Combien de temps? Toutes ces interrogations, Christine les avait eues aux cours de ces deux ans et n'y avait pas trouvé de réponses. Quand le mois suivant, elle découvrait avec déception que "l'affaire" n'était pas encore engagée, elle était aussi soulagée de remettre ça pour le mois suivant. Ses sentiments étaient bizarrement entremêlés. D'un côté, elle voulait donner naissance à un enfant - car c'est le but du mariage et c'est la vie, non? - mais tout à la fois, elle ne savait pas comment elle gèrerait seule un enfant, car elle ne pourait pas compter sur François, elle en était certaine. Ce qu'elle ne savait pas en revanche, c'est la fatigue qu'une grossesse occasionne. Dès les premiers jours, avant même qu'elle ne découvre la bonne nouvelle, Christine s'était traînée péniblement de la chaise de la cuisine au lit de la chambre, de la chaise de sa cuisine, à la chaise de son bureau. Quelques jours plus tard, un petit soupçon s'était forgé. Une prise de sang avait alors confirmé la chose: elle était enceinte.
François n'avait pas compris tout de suite. Il n'avait d'ailleurs pas remarqué la pâleur inhabituelle de sa femme, ni sa fatigue. Quant au reste, ça lui était passé bien au-dessus de la tête. Il avait fallu qu'elle emploie les vrais mots car les allusions du style "avec un gros ventre, je ne pourrais peut-être plus t'aider à traire les vaches" n'avaient pas fait mouche, pas plus que "j'ai besoin de sommeil car il se peut que nous soyons réveillés la nuit dans quelques temps." Christine était sûre que son homme comprendrait, mais que nenni, il avait fallu dire les choses, vraiment.
Donc, un soir, en allant se coucher, Christine avait dit:
"François?
- Mmmmh.
- François, il faut que je te dise quelque chose.
- Tu t'es encore disputée avec ta collègue? Comment elle s'appelle déja?
- Non François, j'ai une nouvelle à t'annoncer." Les larmes lui étaient montées aux yeux et elle avait pensé qu'il avait saisi. Elle s'attendait à ce qu'il la prenne dans ses bras mais il l'a regardait d'un air à peine interrogateur, attendant la suite. D'abord, était-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle?
"Tu as compris?
-Non dit-il penaud. Je devrais? Euh... Bonne au moins la nouvelle?
- Oh François, tu es exaspérant! Tu ne comprends donc pas?! Tu vas être papa! Je suis enceinte!
- Ah?... Bon... et bé, c'est bien.
- "C'est bien"? C'est tout ce que tu trouves à dire?? Mais enfin...
- Mais qu'est-ce que tu veux que je te dise? Oui c'est bien. C'est ce que tu voulais non?
- Et pas toi? Christine était furieuse à présent Elle sentait que ses joues devenaient rouges de colère. Elle hurlait presque.
- Mais si, mais c'est quand même des trucs de bonnes femmes! Mon père, il dit que..."
Elle ne lui laissa aucune chance de terminer sa phrase et explosa:
" Ca fait deux ans que j'entends ça: "mon père par-ci, mon père par-là!" C'est avec moi que tu vis je te signale, pas avec ton père!
- Ne dis pas ça! Sans lui, on aurait pas tout ce qu'on a..."
François avait du mal à se défendre et à dire ce qu'il voulait exprimer vraiment tellement Christine était furibarde. De plus, il ne comprenait pas vraiement cette colère si soudaine. Qu'avait-il dit qui ait bien pu la froisser? Alors là, les femmes sont parfois surprenantes!
01 novembre 2009
n°2
Previously: n°1
Elle a immédiatement changé de statut, elle l'a très bien ressenti. Toute son enfance, on l'a traitée en gamine, celle qui ne sait pas, celle qui ne peut pas faire, celle qui est trop petite. L'annonce de la grossesse a tout changé. Son père a versé une larme et Catherine et Solange, malgré la jalousie d'avoir été devancées, l'ont chaleureusement félicitée. Sa mère l'a prise dans ses bras et lui a dit qu'elle était une femme à présent. Jean, fidèle à lui -même, a hoché la tête, ce qui voulait certainement dire que c'était bien. Mais là, aujourd'hui, rien ne se passe comme elle l'a souhaité, rêvé, idéalisé. Georges n'est pas le mari idéal. L'homme se révèle trompeur et absent. Ce bébé, il ne le souhaite pas vraiment. D'ailleurs, il ne s'est pas réellement intéressé à la grossesse et là bordel, il est où? Quelle mascarade! Pourquoi a-t-il absolument tenu à se marier si c'est pour la laisser tomber aujourd'hui? De quoi elle a l'air, elle, maintenant? D'une gourde qui se fait avoir! Tu parles d'une infantilisation! Elle ne se sent plus du tout femme mais une toute petite fille prise en faute et qui voudrait partir loin, très loin, pour ne pas avoir à affronter le regard des autres.
Elle sort immédiatement de sa réflexion morbide au moment où son père entre comme un fou dans le salon:
"Allez, c'est parti ma petite! Monsieur Jeannet nous attend en bas dans sa DS. On sera à la clinique dans dix minutes. Où est ta valise?
- Chez moi..." dit-elle gênée. Décidément, elle les accumule. Venue pour le déjeuner chez ses parents avec son mari, elle n'avait pas pensé une seconde qu'elle pourrait repartir de chez eux en trombe pour aller mettre son bébé au monde. Merde, merde, je vais devenir folle!
"Ah... Qu'est-ce qui se passe... J'ai.. Je suis..., bredouille-t-elle
- Oh la la, elle a perdu les eaux Pierre! Vite, il faut partir!"
S'il avait fallu que ce départ soit discret, c'était râté. La moitié de la rue est maintenant au courant que la fille Vareille va accoucher. Ils regardent tous cette petite équipée qui sort du numéro sept à grands fracas. Pierre porte sa fille jusque dans la voiture tandis que Léontine lui répète:
"Attention, tu vas la tomber! Attention, tu vas la cogner! Tu ne devrais pas la porter comme ça! Tu veux que je t'aide? Tu es sûr que tu vas y arriver seul? Mais laisse-moi t'aider! Attention à la marche!
- Mais bon dieu, fous-moi la paix, tu vois pas que tout le monde te regarde crier?!
- Mais je crie pas, c'est toi qui hurles! Attention à la porte!"
Mais merde, même aujourd'hui, ils vont se disputer, alors que je souffre le martyr et que Georges, ce connard, est en train de faire je ne sais quoi!!! Bordel!
"Arrêtez s'il vous plaît, tout le monde vous regarde!"
Dans la voiture, ils continuent de se chamailler pour la valise. Pierre pense qu'il faut filer tout de suite à la clinique tandis que Léontine lui fait remarquer que c'est bien un homme, que même après quatre enfants, il ne sait toujours pas qu'un accouchement dure des heures et qu'ils ont bien le temps de faire un petit détour par l'appartement de leur fille pour aller récupérer la fameuse valise, ce sera bien plus pratique ensuite, Annie trouvera toutes ses affaires et celles du bébé. Et puis, on ne sait jamais, si Georges ne réapparaissait pas de sitôt, comment ferait leur fille pour se changer? Les arguments sont abattus les uns après les autres sur un ton qui ne supporte aucune réplique et Pierre compatissant, fait signe à monsieur Jeannet de bien vouloir aller tout droit une fois arrivés aux grandes maisons pour aller chercher la valise.
"T'en fais pas Annie, dit monsieur Jeannet, ta mère a raison. Il va pas sortir comme ça dans la voiture le petit. Ma Simone, quand elle a eu Madeleine, elle y est restée plus de vingt heures... Moi, je savais plus quoi faire, alors, je suis parti boire un coup avec les copains. Tiens, ton père étais là ce jour-là, tu te souviens Pierre?
-Vingt heures?... souffle-t-elle, vingt heures..."
Il aura fallu exactement onze minutes à Pierre pour aller récupérer le paquetage maternel au cinquième étage. Une fois redescendu, il grimpe dans la vieille DS et ils filent tout droit jusqu'à la clinique du Parc où Annie est immédiatement prise en charge par une soeur-infirmière.
"Où est le père? demande-t-elle, autoritaire.
- Ici", répond Pierre, un peu penaud. C'est qu'elle lui ferait presque peur avec sa coiffe sur la tête et son air austère.
Elle le juge de toute sa hauteur et dédaigneusement lève les yeux au ciel et réplique:
"Le père de l'enfant, c'est vous? Vous me semblez un peu vieux!"
Se rendant soudainement compte de la confusion, Pierre esquisse un sourire gêné et dit:
"Non, je suis le père de la future maman." Et il ajoute aussitôt: "Le papa arrivera plus tard".
Les formalités d'admission ne prennent que quelques minutes et Annie est conduite dans la salle de travail. Ses parents restent dans la salle d'attente qui est contigüe à celle-ci, si bien qu'ils peuvent suivre les opérations d'assez prêt.
Sans lui adresser le moindre regard, un homme tout de blanc vêtu explique à Annie qu'il va maintenant juger de l'avancement du travail.
"Vous allez avoir votre bébé très vite, Madame, votre col est presque entièrement dilaté.
- Ah? parvient-elle à souffler.
- Qu'est-ce que vous voulez, un garçon ou une fille?
- Mon mari préfèrerait un garçon mais moi, ça m'est égal.
- Et votre mari, il ne veut pas assister à l'accouchement? Vous savez, maintenant, les hommes ont leur place à côté de leur femme pour les aider et les encourager. Et puis le bébé ressent la présence de son père!
- Je... je... je ne sais pas où il est...", parvient-elle à dire après une contraction extrêment douloureuse.
28 octobre 2009
n°1
1972
"Il est ou? demande Annie avec angoisse à son père. Je peux plus attendre, je vais accoucher, il faut absolument que Georges arrive et me conduise à l'hôpital!"
Le père d'Annie, Pierre, est un homme imposant, fortement charpenté qui ne montre pas encore son mécontentement et sa colère à sa fille pour ne pas lui communiquer d'angoisses mais les aiguilles qui s'affolent sur sa montre commencent à lui faire naître un sentiment de haine à l'égard de son gendre. Ce n'est qu'un irresponsable, je le savais que ça se passerait comme ça! Il jette des coups d'oeil à Léontine, sa femme, qui n'en finit plus de marmonner dans son coin.
"Mais c'est pas possible, il lui est arrivé quelque chose! Il a dit qu'il allait acheter des cigarettes et qu'il revenait. Quand même, il a bien vu qu'elle commençait à avoir des contractions!
- Arrête maman, s'il te plaît, tu l'as déjà dit cent fois, c'est pas le moment...
- Mais c'est pas normal, ça fait plus d'une heure qu'il est parti!"
L'ambiance générale commence à devenir houleuse dans la petite maison du quartier tranquille des Charmilles. Léontine ne se supporte plus. Voilà un an qu'ils sont mariés et c'est un an de mensonges, de tromperie et de malhonnêteté. Et ma fille, il y pense? Il la rend malheureuse!
" Tu vois Annie, je te l'avais dit!
- C'est pas le moment, je t'assure... Il faut que je parte tout de suite sinon je vais accoucher ici!"
L'angoisse commence à envahir Annie qui se met à pleurer de douleur et de désespoir.
"Je le veux plus ce bébé! J'ai mal!
- Je vais chercher un voisin, dit Pierre. Peut-être que les Jeannet pourront t'emmener. Allez, tiens le coup ma petite!"
Pierre et Léontine n'ont jamais eu de voiture. Ils se sont rencontrés tard, à plus de trente ans, se sont mariés en 1945 et ont eu quatre enfants: Jean en 1947, Catherine en 1948, Solange début 1950 et Annie fin 1951. Ils habitent depuis toujours dans la même ville et leur vie s'est toujours cencentrée autour de leur quartier. Pierre est un cantonnier bon vivant. Il aime la bonne chair et le bon vin. Il a toujours été apprécié de ses collègues et de son voisinage. C'est un personnage et lorsqu'il parle, on l'écoute. Il est d'une sensibilité à fleur de peau et malgré son air souvent bourru, il ne ferait jamais de mal à une mouche. Léontine, quant à elle, est d'une nature inquiète: du genre j'arrête tout si on frappe à la porte, on ne sait jamais, c'est peut-être une très mauvaise nouvelle. C'est une petite femme rondouillarde qui s'agite toujours dans sa cuisine et se plait à répéter les choses plusieurs fois de suite pour être bien certaine qu'on l'a comprise, sinon entendue. C'est une "tracassière" comme elle se plait à le dire. Et d'ailleurs, le mariage de sa plus jeune fille, lui a valu beaucoup de maux d'estomac. Visiblement, son inquiétude était fondée sur une réalité, le George n'étant qu'un avorton, un bon à rien! Et en plus, il lui a fait un enfant! Comment ils vont l'élever s'il n'est jamais à la maison? Heureusement qu'Annie travaille... Léontine n'en finit plus de gamberger et de tout voir en noir. Et cette petite Annie qui gémit... Oh putain, putain, putain!!! Elle est comme ça Léontine, elle jure quand elle est en colère ou quand elle ne maitrise plus son angoisse, si bien qu'en ce 27 janvier, les jurons fusent. Elle regarde sa fille du coin de l'oeil, ce qui exaspère Annie car les regards de sa mère la renvoient à l'échec de son mariage. Il est déjà assez difficile d'accéder au rôle de femme dans une famille et d'autant plus aux yeux de sa propre mère.
Annie était fière d'être la première des trois filles à avoir un enfant. Ses deux soeurs sont mariées bien sûr mais aucun bébé pour l'instant. Seul Jean a honoré la famille d'un fils. Et elle, la "petite", comme ils l'appellent encore tous, avait fièrement annoncé qu'elle était enceinte neuf mois plus tôt.
30 septembre 2009
Voilà comment je blogue, dis-moi qui je suis
La Mère Joie nous livrait il y a quelques jours les secrets de son QG et révélait un professionnalisme incroyable dans la rédaction de son blog. Il faut dire que son blog est l'un des meilleurs que je lis en ce moment et que si vous ne le connaissez point, il faut y aller tout de suite, maintenant, just now!
En ce qui me concerne, je blogue au feeling suivant les inspirations du moment, suivant les événements, comme ci, comme ça. J'ai décidé de commencer à bloguer parce que j'aime écrire et que j'aime bien discuter. J'ai d'ailleurs écrit un roman, (si si, ne vous moquez point) qui n'a jamais été retenu par aucune maison d'édition mais tant pis, je suis quand même contente de l'avoir fait. Un deuxième est commencé mais il faut dire qu'entre le boulot, les miettes et le quignon, la vie quoi, le temps me manque. Le blog est un bon compromis entre tout ça. C'est-à-dire qu'entre la passerelle et le viaduc, il y a le pont, donc voilà!
Mes billets, je les écris direct sur la plateforme et je reçois les commentaires toute la journée sur mon téléphone portable. Je ne réponds que lorsque je rentre car je ne blogue jamais au boulot, non non non!
Parfois, je voudrais faire évoluer mon blog, y rajouter des choses mais il faudrait que je m'y penche dessus et je n'ai pas le temps. On pourrait appeler ce blog, "le blog-minute" car mes billets sont rédigés en un quart de temps, je ne les retouche jamais, je les livre brut. Parfois j'en fais un ou deux d'avance mais c'est rare, encore une fois, faudrait avoir le temps.
Voilà, je suis une bloggueuse-minute qui est bien contente de recevoir les commentaires des choses qu'elle vous fait partager!
Allez voilà, hop, c'est parti!
16 septembre 2009
You've got mail!

Vu chez Fautisne ou encore Audenectar, le tag des cartes postales!
A l'heure d'internet et du courrier numérique sur PC ou téléphone, il arrive encore que nous recevions du courrier papier dans notre boite aux lettres, si si!!!
Et très franchement, j'adore. J'adore ouvrir la boite et découvrir une lettre ou une carte. J'adore quand une de mes miettes agite le courrier d'une main triomphante!
Alors, voyons, cet été: 5 cartes! C'est pas si mal!
2 cartes d'enfants qui s'essaient à l'écriture et qui nous racontent les vagues ou la montagne et le plaisir des vacances. Une carte d'amis que nous n'avons pas vus depuis longtemps, la carte reste l'occasion de ne pas perdre contact. Une carte d'amis que nous avions quitté quelques jours auparavant et qui nous expliquent la suite de leurs aventures estivales et enfin, une carte postale d'un couple d'amoureux tout neuf qui nous fait un petit coucou sympathique et qui nous inonde de tout leur bonheur!
Et vous? Des cartes postales dans votre boite cet été???

