24 août 2009
Les charmes discrets de la vie conjugale - Douglas Kennedy
Voilà un auteur que je ne connaissais pas du tout. Bien sûr, j'en avais déjà entendu parler, bien sûr j'avais déjà vu ses livres sur les consoles des libraires mais, allez savoir pourquoi, je n'avais jamais été attirée par les couvertures, je n'avais jamais retourné le bouquin à la recherche du résumé ni feuilleté quelques pages histoire de s'imprégner de l'ambiance. Car alors, il est possible que je serais allée plus avant.
Une amie m'a tout simplement parlé de cet auteur en me le conseillant vivement. Et franchement, après le premier opus, franchement je suis sous le charme. Tout d'abord, l'écriture est agréable et fluide. Ensuite les réflexions de l'auteur sont très intéressantes. Parfois il pointe du doigt le ressenti, pose des mots sur des concepts indescriptibles, cerne le sujet d'une façon remarquable.
Dans les charmes discrets de la vie conjugale, l'histoire se passe en deux temps. Elle est écrite au féminin, nous suivons l'histoire d' Hannah dans les années 70 où elle est encore étudiante, rencontre un médecin, se marie avec lui au grand désespoir de sa mère et le suit dans une petite ville du Maine. Très attachée à son père qui est professeur d'université et agitateur local contre la guerre que mène le pays, elle s'installe avec précaution dans la vie. Un événement va cependant se produire qui va bouleverser sa vie quelques trente années plus tard.
La deuxième partie du livre se passe dans les années 2000. Le passé va ressurgir d'une façon inattendue à un moment très inopportun. La vie d' Hannah va dégringoler sans qu'elle puisse maîtriser quoi que ce soit.
Très bon roman que je vous conseille vivement, vous m'en direz des nouvelles!
06 mai 2009
Perte et Fracas - Jonathan TROPPER
Doug a 29 ans et il est veuf. Hailey, sa femme, est décédée dans un accident d'avion. Plus âgée que lui, elle lui laisse un fils, un ex-mari et une maison dans une banlieue chic américaine. Doug est malheureux et rien ne semble pouvoir le sortir de son mal-être. L'histoire commence ainsi. Il se complait depuis un an dans son malheur, boit pour oublier, dort pour oublier et envoie paître le premier venu pour qu'il n'oublie pas qu'il est malheureux!
Mais Doug est un homme intelligent et il est soutenu par sa famille et surtout par sa soeur jumelle qui vit aussi des déboires. Son autre soeur se marie avec un homme qu'elle a rencontré lors de l'enterrement d'Hailey, si bien que Doug n'accepte pas d'emblée ce mariage. Sa mère boit pour supporter son mari, médecin de son état mais surtout diminué de ses moyens ayant eu un accident cérébral quelques années plus tôt.
Le tableau semble très noir, surtout si on y rajoute l'adolescent malheureux d'avoir perdu sa mère et qui jongle entre un père totalement absent et un beau-père, totalement incapable de sortir de son auto-apitoiement. Pourtant, ce roman est une bulle d'optimisme, sans fanfaronnade ni sentimentalisme. Chacun essaie de se dépétrer comme il peut de la mélasse dans laquelle il est tout en regardant l'autre qui est lui aussi très mal. Ils se serrent les coudes comme ils peuvent, essayant d'apporter du soutien et des solutions à celui qui semble plus mal.
C'est un roman qui est très bien écrit. Il est dans la lignée de ses romans précédents, Le livre de Joe et Tout peut arriver. On se prend au jeu des personnages et on a envie de s'installer en face d'eux avec une tasse de café ou un bon verre pour leur donner des conseils et leur exposer notre façon de voir les choses.
Je vous le recommande vivement. Bonne lecture.
30 mars 2009
Zazie dans le métro - Raymond Queneau

Truculente Zazie qui ne parvient pas à prendre le métro parce qu'il y a la grève alors qu'elle séjourne chez son oncle quelques jours. Tout ce qu'elle voulait la môme c'est prendre le métro et c'est tout bonnement impossible. Petite Zazie qui n'a pas sa langue dans sa poche et qui s'évertue à commenter tout ce qui se passe autour d'elle avec une gouaille terrible.
Ecrit en 1959, ce roman de Raymond Queneau vaut vraiment d'être lu pour le ton, l'ambiance et les bons mots. Le langage est parlé (même quand il est écrit) et ceci ajouté à la perspicacité affutée de la gamine, ça donne des dialogues fabuleux et des situations cocasses. Je ne résiste pas à l'envie de vous faire partager un peu de cette verve enfantine:
"Retraite mon cul, dit Zazie. Moi c'est pas pour la retraite que je veux être institutrice.
- Non bien sûr, dit Gabriel, on s'en doute.
- Alors c'est pourquoi? demanda Zazie.
- Tu vas nous espliquer.
- Tu trouverais pas tout seul, hein?
- Elle est quand même fortiche la jeunesse d'aujourd'hui, dit Gabriel à Marceline.
Et à Zazie:
- Alors? pourquoi que tu veux l'être, institutrice?
- Pour faire chier les mômes, répondit Zazie. Ceux qu'auront mon âge dans dix ans, dans vingt ans, dans cinquante ans, dans cent ans, dans mille ans, toujours des gosses à emmerder.
- Eh bien, dit Gabriel.
- Je serai vache avec elles. Je leur ferai lécher le parquet. Je leur ferai manger l'éponge du tableau noir. Je leur enfoncerai des compas dans le derrière. Je leur botterai les fesses. Parce que je porterai des bottes. En hiver. Hautes comme ça (geste). Avec des grands éperons pour leur larder la chair du derche.
- Tu sais, dit Gabriel avec calme, d'après ce que disent les journaux, c'est pas du tout dans ce sens-là que s'oriente l'éducation moderne. C'est même tout le contraire. On va vers la douceur, la compréhension, la gentillesse. N'est-ce pas, Marceline, qu'on dit ça dans le journal?"
Bon voilà, c'est un court extrait mais c'est comme ça du début à la fin. Je vous le conseille fortement. En lisant ce livre, j'ai ri de bon coeur alors si vous ne savez pas quoi lire en ce moment, vous avez trouvé votre bouquin!
11 mars 2009
Les accommodements raisonnables - Jean-Paul Dubois

Paul Stern est scénariste. Il vit à Toulouse. Père de famille de grands enfants, il se consacre à Anna, sa femme, malade, atteinte d'une mystérieuse maladie qui la rend apathique et loin de tout le monde. Son père, veuf, enterre son frère avec un plaisir non dissimulé, l'homme riche de la famille, qu'il détestait .
Sa vie est déjà chaotique et pourtant, elle va basculer encore plus: dans un moment de lucidité, Anna décide de se faire interner et de subir une cure de sommeil. Son père, jusque là, très réservé, catholique et raisonnable, dévoile à Paul qu'en fait, sa foi n'a jamais existé et que désormais, il va mener la vie dont il a toujours rêvé en utilisant l'argent dont il a hérité de son frère.
L'univers de Paul se transforme peu à peu. Ce qu'il croyait acquis et éternel part en poussière et face à ces changements majeurs qu'il assume avec beaucoup de difficultés, il décide de partir à Hollywood pour travailler sur un projet de scénario qu'on lui a proposé. La vie n'y est pas plus simple entre son père qui l'appelle en pleine nuit pour lui faire le compte rendu de l'élection de Sarkozy et la grève des scénaristes qui frappe désormais la côté Ouest. Ses rencontres sont improbables et déstabilisantes et la vie de Paul lui échappe peu à peu.
Un livre très agréable à lire. Tout en désinvolture et sarcasme, Jean-Paul Dublois nous dévoile, une fois de plus, les questionnements internes du narrateur. On y décortique la vie de famille, la vie professionnelle et la superficialité de nos existances avec nos petites préoccupations qui doivent trouver des accommodements raisonnables pour supporter le quotidien de la vie d'aujourd'hui. On se ment, on se cache, on dissimule, on souffre, on picore ici et là les plaisirs, on grignotte des bouts de joie et on se prend des claques de peine en pleine figure. A lire.
11 février 2009
L’entracte - Hélène Lenoir
Voici cinq nouvelles qui ont pour thème, le sexe. Dans ces cinq nouvelles, L’entracte, les étrangères, les escarpins rouges, le verger et l’infidèle, le point commun pourrait être le trouble ou le danger ou même encore l’excitation. Ces cinq histoires sont écrites avec une plume dure et cruelle parfois brute. La morale n’entre pas en ligne de compte, les attirances sont décrites avec subtilité et justesse, le désir est latent ou bien réel, les émotions sont à fleur de peau.
Hélène Lenoir nous plonge directement, dans chacune de ses nouvelles, au cœur d’une problématique sexuelle, sans qu’on en connaisse ni les tenants, ni les aboutissants. Il nous manque des éléments, on ne peut que supposer et finalement, certaines intrigues restent frustrantes. On en voudrait plus, on voudrait comprendre mais c’est impossible. Tout n’est pas dit même si les descriptions sont riches.
J’ai particulièrement aimé Les étrangères, où une mère d’une cinquantaine d’années accueille tous les ans des jeunes filles étrangères chez elle. Son fils, marié et père lui-même, apparaît comme inquiétant. La mère sait quelque chose sans vraiment le savoir. Elle suppose, elle ne fait que supposer mais en est presque sûre. Sûre de quoi ? Son fils agit mal, mais qu’a-t-il bien pu faire ?
Les nouvelles d’Hélène Lenoir sont sombres. Elles en appellent à l’intime, au plus profond de soi, elles posent questions. L’alchimie des sentiments et des fantasmes est magnifiquement retranscrite car elle met en lumière des sensations, des ressentis qui sont difficilement explicables. A lire.



