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06 décembre 2009

Les autres - Alice Ferney

les_autresNoël arrive, voilà une bonne idée cadeau.
Mais attention, ce roman est une bombe. le sujet est la perception que nous avons de nous-mêmes par rapport à la perception que les autres ont de nous! Inutile de préciser qu'il y a des surprises.

C'est un huis-clos qui se déroule lors d'une soirée d'anniversaire d'un des fils, Théo, qui  fête ses 20 ans en compagnie de sa fiancée Estelle. Nous sommes dans la maison familiale. Le frère ainé, Niels, lui a offert un drôle de jeu qui risque de mettre en péril les bonnes relations des uns et des autres. Moussia, la mère est très inquiète de ce qui va se passer. Nina, la grand-mère est dans sa chambre. Marina, une amie de Théo est venue avec son fils. Il y a aussi Claude et sa jeune fiancée Fleur.

Ce roman est construit en trois parties qui nous raconte le même moment mais sous des angles différents. Dans la première partie, nous sommes dans la tête des protagonistes, dans la seconde, c'est le dialogue entre eux et enfin, dans la troisième partie, le narrateur nous explique la situation.

C'est un roman fort qui ménage son suspens. Des révélations sur chacun sont faites et le puzzle se met en place petit à petit. L'histoire est prenante car l'énigme ne se résout pas tout de suite. On croit savoir mais en fait, l'on a qu'une vision partielle qui se complètera dans les dernières pages.

Un bon roman. C'est le moment de se poser la question: quelle image renvoyons-nous aux autres? Qui pensent-ils que nous sommes réellement? Et surtout: qui sommes-nous vraiment?

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02 décembre 2009

n°6

Previously: n°1, n°2, n°3, n°4, n°5

"Christine... Ca va?" ose-t-il tout de même. Il n'attend pas vraiment de réponse mais pose sa question comme pour se rassurer. Oh la la, elle n'a pas l'air d'aller bien du tout! Qu'est-ce qu'elle a? Qu'est-ce qui ne va pas?

Un brancardier arrive avec une chaise roulante devant la voiture, précédé par l'infirmière.
"Elle va avoir votre bébé, dit-elle, comme pour répondre à sa question mentale. Vous devriez vous pousser un peu... là, merci monsieur."
François est hagard. Il se tient à présent contre le coffre de la Peugeot, un peu dans les nuages.
"C'est votre premier enfant?" Son ton est plus affirmatif qu'interrogatif, comme s'il était évident que ces deux-là vivaient cela pour la première fois.
Avec un savoir-faire indéniable - François dira plus tard que ces gens-là savaient ce qu'ils faisaient - Christine est transportée sur le fauteuil et amenée rapidement en salle d'accouchement. François, épuisé par tant de nervosité et de précipitation s'affale littéralement sur la chaise dans une salle d'attente. Il est complètement hébété et se demande comment il va faire avec un bébé. C'est l'affaire des femmes, je refuserai de le porter. Je pourrais le faire tomber... Et puis, j'y connais rien, moi, en bébé! Qu'est-ce que ça fait toute la journée? J'en sais trop rien... Ca attend...
Ses réflexions le poussent si loin qu'il s'endort sur la chaise, les jambes tendues et croisées l'une sur l"autre. Une main pend sur le côté, l'autre est posée à plat sur son ventre. Il est parti au pays des langes, des pleurs et des crachouillis. Puis, il entend une voix lointaine qui l'appelle "Monsieur? Monsieur?" On lui secoue l'épaule. Eh! Mais oui, c'est à lui qu'on s'adresse!
" Oui? Quoi? s'exclame-t-il la bouche pâteuse.
- Vous me suivez s'il vous plaît, lui demande la jolie demoiselle en souriant. Je crois que votre femme a une surprise pour vous."
François se sent comme jamais il ne s'est senti. Son corps avance sur deux jambes mais son esprit est loin. Il est absolument incapable de réfléchir ou d'avoir même une pensée. Il suit bêtement l'infirmière au ralenti. C'est un homme vidé qui marche le long du couloir, ne ressentant que des sentiments confus et méconnaissables. Plus aucune rationalité n'habite ce cerveau, il est face à l'inconnu, désarmé, à genou. La jeune femme entre dans une pièce et l'amène jusqu'à Christine qui a retrouvé un visage apaisé. Elle lui sourit. Il se souvient à présent de la scène de la voiture et raide comme un piquet, tourne la tête de façon saccadée à la recherche d'un berceau. Christine lui attrape le poignet pour le calmer et lui indique l'autre côté de son lit où un petit berceau transparent abrite un nouveau-né endormi.
"Qu'il est beau!" s'exclame François, lui-même étonné par sa réflexion. C'est beau comme ça un bébé? Il a beau réfléchir, il n'en a jamais vu vraiment. Bien sûr dans son entourage, il y en a quelques uns: celui de sa soeur par exemple mais à y réfléchir de plus près, il ne se souvient pas de son visage. En fait, il ne l'a jamais regardé! Son attention était toujours portée ailleurs.
Mais celui-ci, le sien, son fils, alors-là, oui, il est magnifique! Tout brun, des cheveux fins. Le nez est tout petit et ses deux petites joues sont rouges comme si elles avaient été au contact de la neige. Ses yeux sont fermés mais déjà on aperçoit les fins sourcils qui souligneront son regard. Les oreilles sont bien plaquées, bref, il est magnifique!
" Comment sais-tu que c'est un garçon?
- Parce qu'il a une tête de garçon, ça se voit! dit-il sûr de lui.
- Et une tête de fille, ça ressemblerait à quoi selon toi? répond Christine amusée. Elle aurait des boucles d'oreille tu crois?
- Je ne sais pas..."
François ne relève pas tellement il est absorbé par la contemplation de son fiston. Il n'en revient pas d'être aussi heureux, il a un fils, il a un fils!!!
"Alors, c'est Paul?
- Oui, c'est ce qu'on avait décidé, non? Paul! Ca lui va très bien. Paul, fils de François! Merci Christine... Tu m'as fait le plus beau de cadeaux. Je t'aime..."
Les nouveaux parents s'enlacent. Le petit Paul est bien au chaud sous sa couverture, il est 23 heures 51 en ce 27 janvier 1972, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

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24 novembre 2009

n°5

Préviously: n°1, n°2, n°3, n°4

Christine avait éteint son chevet et avait fait mine de dormir. Elle aurait voulu que François insiste et se confonde en excuses. Elle aurait d'abord refusé de lui parler, puis progressivement, elle se serait retournée vers lui et aurait fini par lui pardonner. Mais rien de tout cela n'arriva. François se contenta d'éteindre lui aussi et s'endormit presque aussitôt!
La colère de Christine ne s'en renforça d'autant plus, que le lendemain matin, il fit comme si la veille au soir, tout avait été normal. Elle décida de ne plus lui parler et d'attendre qu'il trouve la bonne formule pour s'excuser. Elle allait lui faire payer ce comportement. Elle lui avait annoncé la plus belle nouvelle de sa vie et il n'y avait absolument pas réagi ni montré le moindre sentiment, la moindre émotion. Par contre, si elle lui avait déclaré que la vache numéro 43 avait vêlé seule dans l'étable, ça l'aurait animé.
François ne manquait pas de sensibilité, non, elle était juste différente de celle des autres. L'importance des choses ne se situait pas au même niveau que pour le commun des individus. Bien sûr qu'il était content d'avoir un fils, car ce sera forcément un fils, il transmettra le nom de famille et il aidera à la ferme. C'était même une sacrée bonne nouvelle!
A midi, il alla voir ses parents pour leur annoncer LA nouvelle! Tout comme lui, son père ne manifesta aucune émotion mais félicita son fils d'une poignée de main ferme. La maman ne put retenir sa larme et promit de passer voir Christine dans la journée pour l'embrasser.

De son côté, Christine prit le car après le travail et alla manger chez sa mère en ville. Elle ne pût s'empêcher d'annoncer l'heureux événement en arrivant. Les deux femmes fondirent en larmes en se prenant dans les bras.
" Et François? Il est content?
- Il a rien dit, répondit-elle, cachant à peine sa déception. Je lui en veux tu sais, lâcha-t-elle très énervée.
- Allez ma petite, il est comme tous les hommes, il ne montre rien mais je suis sûre qu'au fond de lui, il est ravi..."

La grossesse s'était plutôt bien passée et Christine avait été beaucoup fatiguée car la ferme prenait de la place mais dans l'ensemble, tout s'était déroulé normalement. François n'avait toujours pas compris la réaction de sa femme, ni les autres sautes d'humeur que Christine avait souvent mais, philosophe dans l'âme, il savait que ça passerait car tout passait, les bonnes choses comme les mauvaises.

"François, tu feras ton boulot plus tard, il faut qu'on y aille!
- où?
- A ton avis?! gémit-elle. Je vais avoir le bébé, tiens! Dépêche-toi, il faut qu'on aille à la clinique, maintenant!
- Oui, je vais juste passer à l'étable voir si...
- Non! le coupe-t-elle, on y va MAIN-TE-NANT!!! Je vais accoucher!

- Oui d'accord, on y va, réplique-t-il un peu sonné et comme sorti d'un rêve, va t'installer dans la voiture, je vais chercher la valise dans la chambre, va vite!"

Le trajet pour aller à la clinique ne prend qu'une vingtaine de minutes et ils arrivent si vite que c'en est presque déroutant. Nous allons avoir le bébé! Il arrive, je sens qu'il sort...

"François... le petit... il sort!
- Quoi?
- Il est en train de sortir... Vite, fais quelque chose!!!"

François se précipite chercher quelqu'un dans la clinique. Ils sont devant les urgences et pourtant rien ne semble l'indiquer. Tout est calme. Il n'y a personne au bureau: quelqu'un est pourtant censé accueillir les malades, les accidentés, les femmes enceintes! Sur la banque,  une sonnette qu'on trouve sur le comptoir des hôtels. François y appuie de toutes ses forces et tend le cou dans toutes les directions à la recherche d'une femme en blanc. Plusieurs couloirs s'ouvrent à lui et il ne sait de quel côté la réponse viendra. Une femme, une infirmière, se présente sur sa gauche, l'oeil interrogateur.
"Oui? demande-t-elle.
- Ma femme... dans la voiture... elle sent le petit sortir!!! lâche-t-il essoufflé.
- Je vais chercher un fauteuil roulant, allez-y, allez la rejoindre..."
Elle a compris malgré la phrase bizarre qu'il a prononcée. Lui même a du mal à saisir ses propres propos.  Le petit... Ca y est, nous y voilà, je vais être père, c'est... curieux, je vais avoir un bébé. Mais comment c'est possible? Ca semble tellement irréel... je vais...
Il est sorti de sa réflexion par le cri de Christine qui se fait entendre depuis la voiture. Il se précipite, ouvre la portière et trouve sa femme dans une drôle de position. Elle a les deux mains posées à plat de chaque côté du siège. Ses pieds, nus, se contorsionnent juste à côté de celles-ci. Elle est comme assise sur le siège de la voiture, mis à part que les fesses ne touchent pas le tissus. Elle hurle de douleur, en larmes, son regard ne sait où se poser. C'est comme si l'instinct animal avait repris ses droits. Christine ressemble à une femelle qui va mettre bas. C'est en tout cas comme ça que François perçoit les choses et cela l'émeut énormément. Il ne sait d'ailleurs pas quoi faire et trépigne devant sa femme sans pouvoir la soulager, l'aider, la soutenir.
"Tiens le coup, je suis avec toi!" lui crie-t-il en bredouillant à moitié. Elle tourne soudain la tête dans sa direction et son regard noir se pose sur lui d'une manière féroce. Elle n'arrive pas à prononcer un seul mot mais émet une sorte de plainte rauque en le fixant de côté.
Il ne reconnait plus sa femme. Un frisson lui parcourt le dos et ses mains se mettent à trembler.

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17 novembre 2009

n¨4

Previously: n°1, n°2, n°3

Je me fais des idées, c'est l'angoisse qui parle, pas moi. François est juste parti vérifier que tout va bien avec la vache et il va revenir dans un instant pour que nous partions pour la clinique. Il faudrait qu'il arrive maintenant quand même... Les contractions sont rapprochées à présent. Ah, un bruit dehors, ce doit être François qui arrive. Oui, il est là.
"Le veau... ça va dit-il en repoussant la porte d'entrée. Je suis crevé et je dois encore m'occuper de ceux qui sont à l'étable."

François est agriculteur. Il travaille depuis toujours et la ferme est à la fois sa maison et son travail. Evidemment, il est le seul à avoir cette vision des choses.
Cela fait deux ans qu'ils sont mariés et il faut bien avouer que la vie d'un fermier n'est pas toujours simple, ni pour lui-même, ni pour l'entourage d'ailleurs. En effet, les dimanches sont identiques aux autres jours de la semaine, les horaires sont complètement décalés et il n'est pas rare que sa journée se finisse vers dix heures du soir. La nuit n'est pas toujours aussi tranquille: on n'est pas à l'abri d'un pépin avec une vache et les fêtes ne sont pas complètement vécues comme telles car l'amour d'un bovin pour son maître est quotidien.
Bref, une fois mariés, le bébé a mis du temps à pointer le bout de son nez. Christine ne comprenait pas pourquoi elle ne tombait pas enceinte. D'un autre côté, la perspective d'avoir un enfant était... disons, angoissante. A quel moment lui donnerait-elle du temps? Et François? Quand il rentre, c'est pour manger et dormir. A la rigueur, il ferait un gouzi gouzi entre deux tasses de café mais pour le reste... Et la nuit? Un bébé, ça se réveille la nuit, non? Combien de temps? Toutes ces interrogations, Christine les avait eues aux cours de ces deux ans et n'y avait pas trouvé de réponses. Quand le mois suivant, elle découvrait avec déception que "l'affaire" n'était pas encore engagée, elle était aussi soulagée de remettre ça pour le mois suivant. Ses sentiments étaient bizarrement entremêlés. D'un côté, elle voulait donner naissance à un enfant - car c'est le but du mariage et c'est la vie, non? - mais tout à la fois, elle ne savait pas comment elle gèrerait seule un enfant, car elle ne pourait pas compter sur François, elle en était certaine. Ce qu'elle ne savait pas en revanche, c'est la fatigue qu'une grossesse occasionne. Dès les premiers jours, avant même qu'elle ne découvre la bonne nouvelle, Christine s'était traînée péniblement de la chaise de la cuisine au lit de la chambre, de la chaise de sa cuisine, à la chaise de son bureau. Quelques jours plus tard, un petit soupçon s'était forgé. Une prise de sang avait alors confirmé la chose: elle était enceinte.
François n'avait pas compris tout de suite. Il n'avait d'ailleurs pas remarqué la pâleur inhabituelle de sa femme, ni sa fatigue. Quant au reste, ça lui était passé bien au-dessus de la tête. Il avait fallu qu'elle emploie les vrais mots car les allusions du style "avec un gros ventre, je ne pourrais peut-être plus t'aider à traire les vaches" n'avaient pas fait mouche, pas plus que "j'ai besoin de sommeil car il se peut que nous soyons réveillés la nuit dans quelques temps." Christine était sûre que son homme comprendrait, mais que nenni, il avait fallu dire les choses, vraiment.
Donc, un soir, en allant se coucher, Christine avait dit:
"François?
- Mmmmh.
- François, il faut que je te dise quelque chose.
- Tu t'es encore disputée avec ta collègue? Comment elle s'appelle déja?
- Non François, j'ai une nouvelle à t'annoncer." Les larmes lui étaient montées aux yeux et elle avait pensé qu'il avait saisi. Elle s'attendait à ce qu'il la prenne dans ses bras mais il l'a regardait d'un air à peine interrogateur, attendant la suite. D'abord, était-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle?
"Tu as compris?
-Non dit-il penaud. Je devrais? Euh... Bonne au moins la nouvelle?
- Oh François, tu es exaspérant! Tu ne comprends donc pas?! Tu vas être papa! Je suis enceinte!
- Ah?... Bon... et bé, c'est bien.
- "C'est bien"?  C'est tout ce que tu trouves à dire?? Mais enfin...
- Mais qu'est-ce que tu veux que je te dise? Oui c'est bien. C'est ce que tu voulais non?
- Et pas toi? Christine était furieuse à présent Elle sentait que ses joues devenaient rouges de colère. Elle hurlait presque.
- Mais si, mais c'est quand même des trucs de bonnes femmes! Mon père, il dit que..."
Elle ne lui laissa aucune chance de terminer sa phrase et explosa:
" Ca fait deux ans que j'entends ça: "mon père par-ci, mon père par-là!" C'est avec moi que tu vis je te signale, pas avec ton père!
- Ne dis pas ça! Sans lui, on aurait pas tout ce qu'on a..."
François avait du mal à se défendre et à dire ce qu'il voulait exprimer vraiment tellement Christine était furibarde. De plus, il ne comprenait pas vraiement cette colère si soudaine. Qu'avait-il dit qui ait bien pu la froisser? Alors là, les femmes sont parfois surprenantes!

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12 novembre 2009

n°3

Previously: n°1n°2

Au fil des minutes qui passent comme des jours entiers, la douleur s'intensifie. Annie ne sait plus comment se tenir. Elle essaie de rouler sur le côté gauche pour calmer les contractions qu'elle ressent dans tout le ventre et dans les reins mais rien n'y fait. Sa respiration s'accélère et les encouragements de l'infirmière ne la calment pas vraiment. Elle fulmine contre la douleur et contre Georges. Elle voudrait être ailleurs, ne plus avoir mal. Bien sûr, elle avait entendu des conversations sur les accouchements mais jamais elle n'aurait pu imaginer qu'elle puisse ressentir ça. A bout de souffle, elle parvient à articuler:
"Je me sens pas bien... Je vais m' évanouir..." Son regard se trouble et les voix s' éloignent. Elle entend un sifflement de plus en plus intense et de la sueur froide sur son front et dans sa nuque la fait frissonner. Et puis soudain, c'est le trou noir...

Pendant ce temps, Pierre et Léontine assistent à l'entrée de deux autres personnes dans la salle d'accouchement. Ils sont vêtus de blanc et déjà masqués. L'inquiétude commence à les envahir mais aucun des deux ne prononce un mot.
Au même moment, Annie subit une anesthésie au masque et le médecin essaie d'aller récupérer le bébé à l'aide des forceps. Il consulte son assistante qui lui confirme que la patiente est stable. Selon le monitoring, le bébé semble aller tout à fait bien , lui aussi. S'aidant des contractions qui commencent à expulser l'enfant du ventre de sa mère, l'accoucheur applique les forceps de chaque côté de la tête qu'il devine, à l'entrée du col de l'utérus. Les positionnant du mieux possible, il tire délicatement sur la tête. Le miracle opère car quelques secondes plus tard, une petite fille hurle à plein poumon! Il est 19 heures 32. Un bracelet rose sans nom est placé au poignet droit du nouveau-né.

Pierre et Léontine entendent crier  l'enfant et se lèvent d'un bond, regardant avidement la porte de la fameuse salle. Une femme en sort presque aussitôt un sourire aux lèvres et leur annonce que c'est une fille. Elle les rassure, tout va bien, on est en train d'examiner l'enfant, de le peser et de le mesurer. La maman va partir en salle de réveil car elle a fait un petit malaise qui lui a valu une anesthésie pour que l'accouchement continue à se dérouler correctement. Ils verront le bébé dans un petit quart d'heure et leur fille dans un peu plus de deux heures. Qu'ils se rassurent, tout va pour le mieux. Il faudrait aussi prévenir le papa... Tiens où est-il au fait?

Ma Lisa, que tu es petite, que tu es mignonne, tu as l'air si fragile. Pierre porte délicatement sa petite-fille sur son bras gauche et lui caresse la joue du bout du doigt. Il est tout retourné et éprouve des sentiments très confus. Une larme vient rouler sur son visage. Un sentiment de fierté l'envahit et tout à la fois, une colère immense lui tord les tripes. Où est ce bougre d'âne de Georges? Pourquoi n'est-il pas le premier à prendre cette petite dans ses bras?
"Où est Georges? Quand je vais le voir, je vais lui casser la gueule!
- Calme-toi  Pierre! Ne parle pas comme ça devant la petite!
- Mais tu te rends compte! Il n'est pas là! Il a laissé ma fille accoucher sans lui! Je vais lui tordre le cou!"
La rage lui déforme les traits et donne une couleur rose vif à son visage.
"Donne-la moi. Là... Viens avec ta mémé, petite puce..."
Pierre laisse Léontine prendre Lisa. Avec délicatesse, elle passe ses deux mains dans le petit dos et soulève le petit corps endormi. Les grands-parents sont furieux mais heureux. Bientôt, ils verront Annie et c'est tout ce qui compte.

Aux alentours de vingt-deux heures, Annie est installée dans sa chambre avec sa fille. Elle la cherche des yeux aussitôt qu'elle passe le pas de sa porte sur son lit roulant. Le brancardier qui la conduit lui a affirmé que sa petite, oui c'est une fille, l'attend patiemment avec ses parents et qu'elle va pouvoir la prendre dans ses bras. Effectivement, à peine a-t-elle franchi le seuil de la chambre qu'elle apperçoit un petit lit transparent avec un bébé endormi. Très émue, elle éclate en sanglots et demande: "C'est mon bébé? Mon dieu qu'elle est jolie! Je veux la tenir, maman, passe-la moi s'il te plaît..." Lisa est posée avec précaution dans les bras de sa maman et Annie pleure de plus en plus. Ses parents assistent avec désarroi, tristesse, joie et bonheur à tout ce capharnaüm d'émotions. Dans le silence de la chambre, l'on entend que les sanglots profonds de la nouvelle maman. Personne ne dit rien, d'ailleurs, personne ne sait quoi dire. La seule pensée qui anime tout le monde est Georges. Finalement, il aura réussi à monopoliser l'attention toute la journée par son absence alors que la vedette en ce 27 janvier est sans aucun doute Lisa.

"Annie, nous allons rentrer. On va prendre un taxi et on reviendra te voir demain matin, d'accord?
- Oui... J'aurais tellement voulu que...
- Je sais ma petite, répond Pierre en déposant un baiser sur le front de sa fille, je sais."

Il est 23 heures 51 quand Annie éteint la lumière douce de son chevet. Lisa est bien endormie dans son petit berceau.

***

"Nous sommes le 27 janvier 1972, il est 19 heures, tout de suite, le journal est présenté par..." Christine ne laisse pas au présentateur d'Inter terminer sa phrase, elle tourne la molette du poste. Depuis maintenant deux bonnes heures, elle essaie de maîtriser les douleurs de son ventre. Seule à la maison, elle attend avec une impatience grandissante le retour de son mari, François. A-t-il compris tout à l'heure quand il est parti soit disant pour deux minutes, que Christine allait peut-être donner naissance au bébé aujourd'hui? Oui, bien sûr, il ne peut pas ne pas avoir compris.

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20 juin 2009

Léon double-face

avril_2009_071_1

Eustache, mon ami Eustache est un gaffeur, remember? Et bien Eustache, c'est pas commun, vit avec un autre gaffeur, j'ai nommé,  Léon Double-Face! C'est pas visible au premier coup d'oeil, on se dit même qu'heureusement qu'Eustache vit avec Léon, comme ça, il est quand même protégé de bien des gaffes et autres catastrophes. Sauf que, ben oui, c'est bête, Léon, il déconne aussi...

Eustache et Léon, dans un soucis de partage des tâches, dites domestiques, ont passé un samedi à astiquer, reluire, frotter avec énergie et bonne humeur, hum...

A l'un, le nettoyage de la grille, à l'autre, celui de la voiture. Ceux qui les connaissent savent très bien que jamais,  ô grand jamais, Léon ne nettoiera la grille! ( ... et je le comprends...) donc, il a nettoyé la voiture, cette voiture qu'ils ont depuis pas mal de temps et qui est en super état mais que Léon voudrait changer pour un modèle... autre...

Après-midi mousse, donc, gants mappa et éponge...

Et puis c'est tout...

Le dimanche, en s'approchant du carrosse rutilant, Léon pousse des cris en apercevant les affreuses rayures sur la voiture. Et puis, ça lui revient, les rouages se mettent en route, il percute: Il a frotté avec le côté vert de la gratounette...

Sans commentaire...

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03 juin 2009

confession d'une petite mémé

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La maison de retraite c'est pas de tout repos! Les petits vieux peuvent être tordus mais ils sont aussi tordants!  (Ouh, c'est beau ça). Leurs histoires  qui nous paraissent parfois très futiles revêtent des caractères hautement importants pour eux. Tout leur quotidien tourne autour d'histoires invraisemblables qui leur auraient parut dérisoires quelques dix ou vingt années plus tôt.

Petite histoire de maison de retraite entendue ce week-end,  entre Marie et Mme X.
Les toilettes sont communes au couloir qui doit accueillir six ou sept résidents. Elles sont mixtes ce qui choque Marie du haut de ses 86 ans. Marie ne s'entend pas avec Mme X, qui doit avoir à peu près le même âge, à cause des toilettes! C'est que Mme X ne sait pas les utiliser... Marie a tout découvert, une fois où Mme X n'avait pas fermé et qu'elle est rentrée par hasard. Marie avait bien remarqué que passer après certains, c'était dégueu et c'est d'ailleurs pour ça qu'elle y va avec son éponge et son détergent à chaque fois.

Bref, en ouvrant la porte, Marie tombe sur  Mme X, à califourchon, dos à la porte!!! Le pot aux roses est découvert, c'est Mme X qui en met partout! (Faut dire qu'avec une telle technique, ça peut pas être autrement!) De colère Marie, renchérit: "Mais c'est vous qui ne tirez jamais la chasse!", et l'autre, embouscaillée dans ses jupes (ça, c'est pour l'image) de rétorquer : "Et alors, faudrait savoir!"

On résume: Mme X ne sait pas utiliser les toilettes, elle les enfourchent tel un canasson et repart allègrement sans faire évacuer quoi que ce soit car elle ne connait pas le mode d'emploi. Bon, cette histoire, racontée par Marie, m'a fait rire car le ton était marrant et sa façon de raconter, tout bonnement excellent! Mais au-delà de ça, ça m'a fait mal au coeur... L'histoire en elle-même est triste et le sort de tous ces petits vieux, vaillants et forts quelques années auparavant, qui deviennent tellement peu autonomes qu'ils ont besoin de vivre en maison de retraite...  Drôle de vie.

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28 mai 2009

Au fait, je suis une moqueuse!

Rz_PERSO022

Bon, vous ne le saviez certainement pas ou alors vous l'aviez deviné, peut-être, mais je suis une moqueuse! Si si, même que j'adore ça, que ça me fait rire et que j'entraine tout le monde dans ma connerie moquerie, les miettes y compris!

Pourquoi je vous raconte ça? Parce qu'en attendant à la caisse d'un magasin où j'étais avec les enfants, le petit quignon machouillait son doudou nonchalamment, les miettes complotaient en silence en triturant les divers petits trucs hyper intéressants, forcément, disposés devant la caisse et moi, je me livrais, sans même y penser, à une de mes activités favorites: je regardais les gens. Et là, juste devant nous, elles étaient là, hilarantes, la mère et la fille!

La mère: une petite quarantaine, ou bien bien une vieille trentaine (certains comprendront), accoudée au bureau de la caissière, les pieds en canard. C'est d'abord cela qui a attiré mon attention. Et la fille donc, un bout  de chou de 8 ou 10 ans qui comme mes miettes scrutait avec envie les babioles disposées à sa hauteur.  Bref, la mère, disais-je, avait les pieds en canard et sur ses pieds, des ballerines rouges avec un gros noeud rouge, lui aussi , sur le dessus. Franchement désopilant. Mon regard glisse sur la petite, qui elle aussi a des ballerines rouges avec un gros noeud rouge, itou, sur le dessus! Poilant! J'aurais voulu les prendre en photo mais je ne me voyais pas dégainer mon appareil ou mon portable, je crois que ça se serait vu...

Je le dis aux miettes, dans le creux de leur oreille et on se regarde, connivence oblige, on se fait un clin d'oeil!  Comme elles sont bien éduquées (hop, je m'envoie quelques fleurs...), elles ne pipent mot mais en sortant elles s'exclament: "Ouah! c'était ridicule et moche en plus!" Oui mes chéries, c'était ridicule et moche  en plus mais ça nous a égayé l'attente à la caisse! Heureusement qu'ils sont là tous ces gens pour nous faire rire, non???

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29 avril 2009

The show must go on!

avril_2009_056

J'ai une amie qui fait du théâtre. L'autre jour, je l'ai aidée à apprendre son texte et je dois dire que j'ai adoré lui rendre ce petit service. La pièce qu'elle apprend est délicieusement hilarante avec des dialogues percutants, vivants, qui fusent de toutes parts! Je lui ai donc donnée la réplique, bien modestement, bien sûr, mais il est vrai que ça m'a donné envie.

Petit à petit, je me prenais au jeu. Les intonations venaient et j'ai éprouvé un réel plaisir à "jouer" les différents personnages.  Il y a quelques temps, j'expliquais que j'aurais bien fait actrice si je n'étais pas ce que je suis. Alors que je divaguais allègrement, je me dis que finalement, j'aurais bien aimé jouer la comédie. Il m'aura fallu tout ce temps pour découvrir ce petit détail...

D' où ma réflexion très intensive sur la suite. Oh, rassurez-vous, je ne vais pas changer de métier mais je me demande si je ne vais pas me laisser tenter par du théâtre amateur. Et puis, je suis sûre que ça doit défouler un maximum et croyez-moi, il y a des jours où j'en aurais bien besoin. Se lancer dans une histoire à plusieurs et se laisser aller à incarner un rôle de mamie, de femme fatale ou de sale gamine, je crois que ça m' irait.

Ma copine joue sa pièce en juin. Deux représentations sont prévues. Je me libèrerai au moins pour une car non seulement j'ai hâte de voir la pièce  en entier mais je veux voir ma copine la jouer car je suis certaine qu'elle sera super!

Sur ce, je vous laisse, j'ai mon impressario qui vient de m'envoyer un mail hyper important, je dois absolument répondre...

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10 avril 2009

C'est génétique

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J'ai une spécialité, qui irrite ou qui amuse, c'est selon. En tout cas, ça ne laisse jamais indifférent. Je dis ce que je pense. Ah ça c'est pas toujours bien pris mais qu'importe. De bonnes vraies relations valent mieux qu'un sourire crispé et qu'une tape dans le dos. Je ne supporte pas l'hypocrisie, pour moi, c'est rédhibitoire.

Je pars du principe qu'on peut tout dire à n'importe qui et en quasiment toute circonstance. Il faut y mettre les formes, certes mais c'est possible.  Et tant pis pour les susceptibilités des uns et des autres. Au moins, on sait à quoi s'en tenir.

Pourquoi je vous raconte ça? Parce que la mystérieuse alchimie des gènes a opéré chez ma petite miette ,  qui, du haut de ses six ans,  n'a pas hésité une seule seconde, à déclarer à une dame croisée aux courses qui parlait avec une voix très grave que lorsque l' on fumait on parlait avec une voix d'homme!  La dame a levé un sourcil et je me suis attendue à une réponse acerbe. Mais pas du tout,  elle l'a regardée avec étonnement et ma petite de continuer: " c'est seulement quand on fume beaucoup!" La dame a souri et s'est éloignée.

J'ai quand même expliqué à ma fille que l'on ne pouvait pas dire n'importe quoi à n'importe qui et que l'on pouvait vexer mais j'ai bien sentie que mes arguments n'étaient pas percutants. Tant de similitudes ne sauraient mentir. Aïe, aïe, aïe...

Posté par eirelav à 06:21 - une histoire - Commentaires [15] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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