14 novembre 2009
Soudain, on vous offre des fleurs!

Il pleut dehors. D'ailleurs, ce matin-là, quand vous vous êtes réveillée avec le bruit des gouttes qui tombaient allègrement sur le toit, vous avez savouré cet instant calme et paisible. Une lumière grise s'était déjà invitée dans la chambre. Vous vous étirez, bien au chaud sous la couette en plumes. Il est 8h18. La journée commence, c'est samedi. Tout doucement, vous vous asseyez et vous mettez votre corps en route. Tout doucement, vous enfilez un pyjama et tout doucement, vous vous levez. Vous passez rapidement par les toilettes et, l'oreille tendue, vous tentez de discerner les bruits de la maison: D'après ce que vous entendez, les miettes dorment mais le quignon est déjà debout. Et puis, vous descendez l'escalier en bois. Vous vous arrêtez au palier pour regarder tomber la pluie dans votre jardin. Vous vous grattez peut-être un peu la tête en baillant. Vous descendez alors jusqu'à la cuisine. Votre homme et votre petit homme sont là, souriants. L'un tète son biberon de lait avidement. L'autre boit du thé en écoutant la radio. Sur la table, un bouquet de roses mouillées vous attend.
C'est samedi, il pleut, vous êtes bien...
12 novembre 2009
n°3
Au fil des minutes qui passent comme des jours entiers, la douleur s'intensifie. Annie ne sait plus comment se tenir. Elle essaie de rouler sur le côté gauche pour calmer les contractions qu'elle ressent dans tout le ventre et dans les reins mais rien n'y fait. Sa respiration s'accélère et les encouragements de l'infirmière ne la calment pas vraiment. Elle fulmine contre la douleur et contre Georges. Elle voudrait être ailleurs, ne plus avoir mal. Bien sûr, elle avait entendu des conversations sur les accouchements mais jamais elle n'aurait pu imaginer qu'elle puisse ressentir ça. A bout de souffle, elle parvient à articuler:
"Je me sens pas bien... Je vais m' évanouir..." Son regard se trouble et les voix s' éloignent. Elle entend un sifflement de plus en plus intense et de la sueur froide sur son front et dans sa nuque la fait frissonner. Et puis soudain, c'est le trou noir...
Pendant ce temps, Pierre et Léontine assistent à l'entrée de deux autres personnes dans la salle d'accouchement. Ils sont vêtus de blanc et déjà masqués. L'inquiétude commence à les envahir mais aucun des deux ne prononce un mot.
Au même moment, Annie subit une anesthésie au masque et le médecin essaie d'aller récupérer le bébé à l'aide des forceps. Il consulte son assistante qui lui confirme que la patiente est stable. Selon le monitoring, le bébé semble aller tout à fait bien , lui aussi. S'aidant des contractions qui commencent à expulser l'enfant du ventre de sa mère, l'accoucheur applique les forceps de chaque côté de la tête qu'il devine, à l'entrée du col de l'utérus. Les positionnant du mieux possible, il tire délicatement sur la tête. Le miracle opère car quelques secondes plus tard, une petite fille hurle à plein poumon! Il est 19 heures 32. Un bracelet rose sans nom est placé au poignet droit du nouveau-né.
Pierre et Léontine entendent crier l'enfant et se lèvent d'un bond, regardant avidement la porte de la fameuse salle. Une femme en sort presque aussitôt un sourire aux lèvres et leur annonce que c'est une fille. Elle les rassure, tout va bien, on est en train d'examiner l'enfant, de le peser et de le mesurer. La maman va partir en salle de réveil car elle a fait un petit malaise qui lui a valu une anesthésie pour que l'accouchement continue à se dérouler correctement. Ils verront le bébé dans un petit quart d'heure et leur fille dans un peu plus de deux heures. Qu'ils se rassurent, tout va pour le mieux. Il faudrait aussi prévenir le papa... Tiens où est-il au fait?
Ma Lisa, que tu es petite, que tu es mignonne, tu as l'air si fragile. Pierre porte délicatement sa petite-fille sur son bras gauche et lui caresse la joue du bout du doigt. Il est tout retourné et éprouve des sentiments très confus. Une larme vient rouler sur son visage. Un sentiment de fierté l'envahit et tout à la fois, une colère immense lui tord les tripes. Où est ce bougre d'âne de Georges? Pourquoi n'est-il pas le premier à prendre cette petite dans ses bras?
"Où est Georges? Quand je vais le voir, je vais lui casser la gueule!
- Calme-toi Pierre! Ne parle pas comme ça devant la petite!
- Mais tu te rends compte! Il n'est pas là! Il a laissé ma fille accoucher sans lui! Je vais lui tordre le cou!"
La rage lui déforme les traits et donne une couleur rose vif à son visage.
"Donne-la moi. Là... Viens avec ta mémé, petite puce..."
Pierre laisse Léontine prendre Lisa. Avec délicatesse, elle passe ses deux mains dans le petit dos et soulève le petit corps endormi. Les grands-parents sont furieux mais heureux. Bientôt, ils verront Annie et c'est tout ce qui compte.
Aux alentours de vingt-deux heures, Annie est installée dans sa chambre avec sa fille. Elle la cherche des yeux aussitôt qu'elle passe le pas de sa porte sur son lit roulant. Le brancardier qui la conduit lui a affirmé que sa petite, oui c'est une fille, l'attend patiemment avec ses parents et qu'elle va pouvoir la prendre dans ses bras. Effectivement, à peine a-t-elle franchi le seuil de la chambre qu'elle apperçoit un petit lit transparent avec un bébé endormi. Très émue, elle éclate en sanglots et demande: "C'est mon bébé? Mon dieu qu'elle est jolie! Je veux la tenir, maman, passe-la moi s'il te plaît..." Lisa est posée avec précaution dans les bras de sa maman et Annie pleure de plus en plus. Ses parents assistent avec désarroi, tristesse, joie et bonheur à tout ce capharnaüm d'émotions. Dans le silence de la chambre, l'on entend que les sanglots profonds de la nouvelle maman. Personne ne dit rien, d'ailleurs, personne ne sait quoi dire. La seule pensée qui anime tout le monde est Georges. Finalement, il aura réussi à monopoliser l'attention toute la journée par son absence alors que la vedette en ce 27 janvier est sans aucun doute Lisa.
"Annie, nous allons rentrer. On va prendre un taxi et on reviendra te voir demain matin, d'accord?
- Oui... J'aurais tellement voulu que...
- Je sais ma petite, répond Pierre en déposant un baiser sur le front de sa fille, je sais."
Il est 23 heures 51 quand Annie éteint la lumière douce de son chevet. Lisa est bien endormie dans son petit berceau.
***
"Nous sommes le 27 janvier 1972, il est 19 heures, tout de suite, le journal est présenté par..." Christine ne laisse pas au présentateur d'Inter terminer sa phrase, elle tourne la molette du poste. Depuis maintenant deux bonnes heures, elle essaie de maîtriser les douleurs de son ventre. Seule à la maison, elle attend avec une impatience grandissante le retour de son mari, François. A-t-il compris tout à l'heure quand il est parti soit disant pour deux minutes, que Christine allait peut-être donner naissance au bébé aujourd'hui? Oui, bien sûr, il ne peut pas ne pas avoir compris.
11 novembre 2009
J'ai perdu mon internet!
J'ai perdu ma connexion, mon fil, j'ai perdu mon appartenance au monde, à l'international pendant quelques jours... Impossible de faire un saut à Tokyo ou Toronto, finies les escapades au Pérou et en Terre Adélie. Ma vie de quelques jours, désespérément réduite à mon entourage proche, finies les visites chez les copines blogueuses et l'accès à mon courrier international, lui aussi!
Bref, quelques jours de sevrage dans ce monde hautement addictif du oueb et me revoilà, toute étourdie et excitée de pouvoir en reprendre une dose massive dès là, tout de suite, maintenant! Comme le chien fou, je vais sauter partout, de blog en blog, de messagerie en unes des journaux, bref, je vais me saouler d'informations, de nouvelles et je vais profiter de ma liberté recouvrée pour une ivresse non contrôlée de surf en tous genres.
Sur ce, je vous laisse et je vous retrouve chez Faustine, une cigale à Paris, Kielut, Mère Joie, Aude, Fr@mboize, LaraduWeb, Lolotte, MissBrownie, Eudoxie, Unicks, Madame Kévin, M, Lili est insolente, l'épice, frannso, Mabb, Lagrengren, Mamzellescarlett, inandoubtblog, Arachnée et bien d'autres!
A très vite les mecs!
01 novembre 2009
n°2
Previously: n°1
Elle a immédiatement changé de statut, elle l'a très bien ressenti. Toute son enfance, on l'a traitée en gamine, celle qui ne sait pas, celle qui ne peut pas faire, celle qui est trop petite. L'annonce de la grossesse a tout changé. Son père a versé une larme et Catherine et Solange, malgré la jalousie d'avoir été devancées, l'ont chaleureusement félicitée. Sa mère l'a prise dans ses bras et lui a dit qu'elle était une femme à présent. Jean, fidèle à lui -même, a hoché la tête, ce qui voulait certainement dire que c'était bien. Mais là, aujourd'hui, rien ne se passe comme elle l'a souhaité, rêvé, idéalisé. Georges n'est pas le mari idéal. L'homme se révèle trompeur et absent. Ce bébé, il ne le souhaite pas vraiment. D'ailleurs, il ne s'est pas réellement intéressé à la grossesse et là bordel, il est où? Quelle mascarade! Pourquoi a-t-il absolument tenu à se marier si c'est pour la laisser tomber aujourd'hui? De quoi elle a l'air, elle, maintenant? D'une gourde qui se fait avoir! Tu parles d'une infantilisation! Elle ne se sent plus du tout femme mais une toute petite fille prise en faute et qui voudrait partir loin, très loin, pour ne pas avoir à affronter le regard des autres.
Elle sort immédiatement de sa réflexion morbide au moment où son père entre comme un fou dans le salon:
"Allez, c'est parti ma petite! Monsieur Jeannet nous attend en bas dans sa DS. On sera à la clinique dans dix minutes. Où est ta valise?
- Chez moi..." dit-elle gênée. Décidément, elle les accumule. Venue pour le déjeuner chez ses parents avec son mari, elle n'avait pas pensé une seconde qu'elle pourrait repartir de chez eux en trombe pour aller mettre son bébé au monde. Merde, merde, je vais devenir folle!
"Ah... Qu'est-ce qui se passe... J'ai.. Je suis..., bredouille-t-elle
- Oh la la, elle a perdu les eaux Pierre! Vite, il faut partir!"
S'il avait fallu que ce départ soit discret, c'était râté. La moitié de la rue est maintenant au courant que la fille Vareille va accoucher. Ils regardent tous cette petite équipée qui sort du numéro sept à grands fracas. Pierre porte sa fille jusque dans la voiture tandis que Léontine lui répète:
"Attention, tu vas la tomber! Attention, tu vas la cogner! Tu ne devrais pas la porter comme ça! Tu veux que je t'aide? Tu es sûr que tu vas y arriver seul? Mais laisse-moi t'aider! Attention à la marche!
- Mais bon dieu, fous-moi la paix, tu vois pas que tout le monde te regarde crier?!
- Mais je crie pas, c'est toi qui hurles! Attention à la porte!"
Mais merde, même aujourd'hui, ils vont se disputer, alors que je souffre le martyr et que Georges, ce connard, est en train de faire je ne sais quoi!!! Bordel!
"Arrêtez s'il vous plaît, tout le monde vous regarde!"
Dans la voiture, ils continuent de se chamailler pour la valise. Pierre pense qu'il faut filer tout de suite à la clinique tandis que Léontine lui fait remarquer que c'est bien un homme, que même après quatre enfants, il ne sait toujours pas qu'un accouchement dure des heures et qu'ils ont bien le temps de faire un petit détour par l'appartement de leur fille pour aller récupérer la fameuse valise, ce sera bien plus pratique ensuite, Annie trouvera toutes ses affaires et celles du bébé. Et puis, on ne sait jamais, si Georges ne réapparaissait pas de sitôt, comment ferait leur fille pour se changer? Les arguments sont abattus les uns après les autres sur un ton qui ne supporte aucune réplique et Pierre compatissant, fait signe à monsieur Jeannet de bien vouloir aller tout droit une fois arrivés aux grandes maisons pour aller chercher la valise.
"T'en fais pas Annie, dit monsieur Jeannet, ta mère a raison. Il va pas sortir comme ça dans la voiture le petit. Ma Simone, quand elle a eu Madeleine, elle y est restée plus de vingt heures... Moi, je savais plus quoi faire, alors, je suis parti boire un coup avec les copains. Tiens, ton père étais là ce jour-là, tu te souviens Pierre?
-Vingt heures?... souffle-t-elle, vingt heures..."
Il aura fallu exactement onze minutes à Pierre pour aller récupérer le paquetage maternel au cinquième étage. Une fois redescendu, il grimpe dans la vieille DS et ils filent tout droit jusqu'à la clinique du Parc où Annie est immédiatement prise en charge par une soeur-infirmière.
"Où est le père? demande-t-elle, autoritaire.
- Ici", répond Pierre, un peu penaud. C'est qu'elle lui ferait presque peur avec sa coiffe sur la tête et son air austère.
Elle le juge de toute sa hauteur et dédaigneusement lève les yeux au ciel et réplique:
"Le père de l'enfant, c'est vous? Vous me semblez un peu vieux!"
Se rendant soudainement compte de la confusion, Pierre esquisse un sourire gêné et dit:
"Non, je suis le père de la future maman." Et il ajoute aussitôt: "Le papa arrivera plus tard".
Les formalités d'admission ne prennent que quelques minutes et Annie est conduite dans la salle de travail. Ses parents restent dans la salle d'attente qui est contigüe à celle-ci, si bien qu'ils peuvent suivre les opérations d'assez prêt.
Sans lui adresser le moindre regard, un homme tout de blanc vêtu explique à Annie qu'il va maintenant juger de l'avancement du travail.
"Vous allez avoir votre bébé très vite, Madame, votre col est presque entièrement dilaté.
- Ah? parvient-elle à souffler.
- Qu'est-ce que vous voulez, un garçon ou une fille?
- Mon mari préfèrerait un garçon mais moi, ça m'est égal.
- Et votre mari, il ne veut pas assister à l'accouchement? Vous savez, maintenant, les hommes ont leur place à côté de leur femme pour les aider et les encourager. Et puis le bébé ressent la présence de son père!
- Je... je... je ne sais pas où il est...", parvient-elle à dire après une contraction extrêment douloureuse.
28 octobre 2009
n°1
1972
"Il est ou? demande Annie avec angoisse à son père. Je peux plus attendre, je vais accoucher, il faut absolument que Georges arrive et me conduise à l'hôpital!"
Le père d'Annie, Pierre, est un homme imposant, fortement charpenté qui ne montre pas encore son mécontentement et sa colère à sa fille pour ne pas lui communiquer d'angoisses mais les aiguilles qui s'affolent sur sa montre commencent à lui faire naître un sentiment de haine à l'égard de son gendre. Ce n'est qu'un irresponsable, je le savais que ça se passerait comme ça! Il jette des coups d'oeil à Léontine, sa femme, qui n'en finit plus de marmonner dans son coin.
"Mais c'est pas possible, il lui est arrivé quelque chose! Il a dit qu'il allait acheter des cigarettes et qu'il revenait. Quand même, il a bien vu qu'elle commençait à avoir des contractions!
- Arrête maman, s'il te plaît, tu l'as déjà dit cent fois, c'est pas le moment...
- Mais c'est pas normal, ça fait plus d'une heure qu'il est parti!"
L'ambiance générale commence à devenir houleuse dans la petite maison du quartier tranquille des Charmilles. Léontine ne se supporte plus. Voilà un an qu'ils sont mariés et c'est un an de mensonges, de tromperie et de malhonnêteté. Et ma fille, il y pense? Il la rend malheureuse!
" Tu vois Annie, je te l'avais dit!
- C'est pas le moment, je t'assure... Il faut que je parte tout de suite sinon je vais accoucher ici!"
L'angoisse commence à envahir Annie qui se met à pleurer de douleur et de désespoir.
"Je le veux plus ce bébé! J'ai mal!
- Je vais chercher un voisin, dit Pierre. Peut-être que les Jeannet pourront t'emmener. Allez, tiens le coup ma petite!"
Pierre et Léontine n'ont jamais eu de voiture. Ils se sont rencontrés tard, à plus de trente ans, se sont mariés en 1945 et ont eu quatre enfants: Jean en 1947, Catherine en 1948, Solange début 1950 et Annie fin 1951. Ils habitent depuis toujours dans la même ville et leur vie s'est toujours cencentrée autour de leur quartier. Pierre est un cantonnier bon vivant. Il aime la bonne chair et le bon vin. Il a toujours été apprécié de ses collègues et de son voisinage. C'est un personnage et lorsqu'il parle, on l'écoute. Il est d'une sensibilité à fleur de peau et malgré son air souvent bourru, il ne ferait jamais de mal à une mouche. Léontine, quant à elle, est d'une nature inquiète: du genre j'arrête tout si on frappe à la porte, on ne sait jamais, c'est peut-être une très mauvaise nouvelle. C'est une petite femme rondouillarde qui s'agite toujours dans sa cuisine et se plait à répéter les choses plusieurs fois de suite pour être bien certaine qu'on l'a comprise, sinon entendue. C'est une "tracassière" comme elle se plait à le dire. Et d'ailleurs, le mariage de sa plus jeune fille, lui a valu beaucoup de maux d'estomac. Visiblement, son inquiétude était fondée sur une réalité, le George n'étant qu'un avorton, un bon à rien! Et en plus, il lui a fait un enfant! Comment ils vont l'élever s'il n'est jamais à la maison? Heureusement qu'Annie travaille... Léontine n'en finit plus de gamberger et de tout voir en noir. Et cette petite Annie qui gémit... Oh putain, putain, putain!!! Elle est comme ça Léontine, elle jure quand elle est en colère ou quand elle ne maitrise plus son angoisse, si bien qu'en ce 27 janvier, les jurons fusent. Elle regarde sa fille du coin de l'oeil, ce qui exaspère Annie car les regards de sa mère la renvoient à l'échec de son mariage. Il est déjà assez difficile d'accéder au rôle de femme dans une famille et d'autant plus aux yeux de sa propre mère.
Annie était fière d'être la première des trois filles à avoir un enfant. Ses deux soeurs sont mariées bien sûr mais aucun bébé pour l'instant. Seul Jean a honoré la famille d'un fils. Et elle, la "petite", comme ils l'appellent encore tous, avait fièrement annoncé qu'elle était enceinte neuf mois plus tôt.
11 octobre 2009
Les Halles

Le samedi matin, nous on fait le marché. Ainsi on achète la viande, le fromage et quelques légumes aux Halles, c'est un rituel. Les miettes, elles, elles rigolent. "Y a que des vieux! " nous a fait remarqué la grande. Et c'est vrai, le samedi matin, aux Halles il n'y a que des vieux et si on y regarde d'un peu plus près, c'est pas triste.
Ils sont tous là pour faire des affaires, pour aller plus vite que les autres malgré leur vitesse de déplacement bien moindre qu'autrefois, ils sont super importants, plus que le trentenaire (dont je fais encore partie) qu'ils méprisent allègrement sans même s'en cacher! Par contre, ils s'extasient devant la bouille du quignon (qui est à croquer, il faut le reconnaître) et ont toujours un bon mot pour les miettes qui savent faire leurs petites charmantes. Bref, il faut le savoir, le samedi, aux Halles, la population est parfois "hostile-mielleuse"!
Et puis, samedi, avec mon chéri, on a bien ri. Seuls, sans enfants, nous nous sommes séparés: lui à la viande et moi au fromage. Je suis derrière une cliente qui est en train de commander et derrière moi, arrive la petite mémé-sans-gêne, qui me marche presque dessus pour admirer les crottins en face de moi. Mémé s'énerve quand la fromagère parle avec les clients qui arrivent derrière elle: elle frappe à la vitrine pour montrer son agacement et souffle quand je commande plusieurs fromages. Ce sont les Halles, le samedi matin...
Je rejoins mon chéri qui faisait encore la queue à la viande et qui voilà-ti pas? Ma mémé râleuse qui m'attrape le bras et me dit comme si on avait gardé les chèvres (rapport au fromage, hein, vous m'suivez?) ensemble et me dit: "Vous me gardez la place là, hein, je vais acheter une salade!" Je ne réponds pas vraiment devant cette effrontée et commence à pouffer en racontant l'aventure à la fromagerie. D'autres clients arrivent, j'oublie la mémé et quelques minutes plus tard, elle m'attrape à nouveau le bras, passant devant tous ceux qui s'étaient massés derrière nous et me dit: "Ah! vous voilà! je vous avais perdue! Je faisais la queue derrière une dame qui avait le même blouson que vous!" Et bien oui, elle est passée devant trois ou quatre clients avec cette supercherie!
Même pas mal la mémé!!!
Les Halles le samedi matin...
07 octobre 2009
La vieille table
Elle en a vu cette vieille table que nous avons récupérée dans une grange. Elle était là, depuis longtemps, abandonnée, délaissée, accueillant désormais les araignées et les crottes des hirondelles qui ont fait leur nid sous la barge. Elle en a vu de sacrées même! Fabriquée à la fin des années 30 pour un cadeau de mariage, elle en a eu des convives! Elle a résisté à ces milliers de repas, pris à la va-vite ou en famille. Elle a résisté à ces coups de couteaux et de fourchettes. Elle a résisté aux poings rageurs qui se sont immanquablement écrasés sur son plateau et elle en a des histoires à raconter!
Certains se sont endormis dessus, d'autres y ont joué aux cartes, d'autres encore, les femmes exclusivement y ont épluché leurs légumes et équeuté leurs haricots verts. On y a rit, on y a pleuré et on a couru autour d'elle! Elle en a vu des visiteurs, elle en a écouté des conversations, recueilli des confidences. On y a posé des milliers de verres et des milliers d'assiettes. Elle porte encore en elle toutes ces odeurs de soupe et de tartes fumantes. Pendant des années, elle a été au centre d'une famille, témoin du quotidien, de la vie...
Et puis, on l'a reléguée dans la grange.
Aujourd'hui, elle va retrouver une seconde jeunesse. Dans quelques temps, quand elle se sera refait une beauté, elle trônera à nouveau dans la pièce à vivre et sera, une fois encore, au centre d'une famille, au centre de ma famille. On a tant de choses à faire dessus!
05 octobre 2009
La peur du noir!
Quand j'étais petite, je dormais sous des tonnes de couvertures et un édredon en plume, garanti 100% chaleur, avec un pyjama et des chaussettes et malgré tout, je ne bougeais pas un orteil sous mon bouclier anti-méchant-vilain-qui-vient-me-kidnapper. Pourtant il aurait eu vite fait d'arracher les épaisseurs de drap et autres duvet pour arriver jusqu'à moi et je devais en être consciente car je me coulais dans ce lit d'angoisse, sans bouger, comme si je n'étais pas là. Dans la grosse armoire imposante, se cachait forcément un affreux qui attendait que je dorme pour venir me chercher et les bruits venant des voisins au petit matin étaient tout simplement ceux faits par les kidnappeurs du matin qui n'étaient pas très discrets et que j'avais débusqués en me reveillant!
Vous imaginez l'angoisse! Aujourd' hui, je sais, je sais pourquoi, j'ai traversé la petite enfance avec autant de peurs au creux du ventre et je ne voudrais pour rien au monde que mes enfants aient les mêmes terreurs.
Pourquoi je vous parle de ça? Parce que nous avons accueilli ce week-end une petite de la famille, qui malgré la présence des miettes dans la chambre et une veilleuse qui illumine une bonne partie de la pièce, voit des fantômes et des monstres sous le bureau, sous le lit et même derrière la porte! La peur du noir m'est revenue d'un coup avec cette bile d'angoisse et du coup, je me demande ce qui peut bien terroriser cette petite...
Les miettes se lèvent dans le noir et vont aux toilettes seules la nuit si elles ont besoin, se dirigeant uniquement à la faible lumière de la lune qui filtre derrière les fenêtres. Je ne l'aurais jamais fait et je suis admirative qu'elles ne pensent même pas au noir. Maintenant bien sûr, le noir ne me fait plus peur et je ne supporte plus d'être bordée dans le lit, je dors d'ailleurs les pieds dehors, la couette dans tous les sens, ce qui peut agacer mon chéri qui ne comprend pas forcément les mouvements hystériques du lit! Le noir est mon ami désormais.
Cette petite a la boule au ventre dès que les premiers rayons déclinent et je voudrais bien savoir pourquoi...
19 septembre 2009
sans voix...

Je l'ai perdue! J'ai perdu ma voix, mon organe, le son, la capacité de m'exprimer clairement et distinctement!!! Elle est partie en douce hier après-midi, petit à petit, d'une façon que je qualifierais de... fourbe! Moi qui réunissais mon équipe hier soir pour un premier point de ce début d'année, ça n'a pas été simple... Le début de la phrase partais correctement et terminait en sucette quand le son quittait ma tirade ne laissant place qu'à un souffle médusé, ne se sentant pas capable de faire aussi bien que le compère, le son...
Mais ce matin, le son a pris la poudre d'escampette carrément, il a fui, le scélérat! Mes petites miettes et mon quignon écarquillent leurs mirettes et ouvrent grand leurs coquillettes pour savoir ce que veut dire maman, je dois reconnaitre que c'est une forme de communication... euh... assez pénible!
D'autant que je suis une bavarde, que j'ai toujours quelque chose à dire, que je ne peux pas m'empêcher de donner mon avis, que la parole est super importante pour moi, qui adore chantonner à tout bout de "chant", qui... qui... mais même mes mots font silence dans ma tête, je suis dépitée... il faut remettre le son, être aphone ne me convient pas du tout!!! Je sais que ça ne convient à personne mais chez moi, c'est pire!!!
Help!!!
13 septembre 2009
Comment je me suis retrouvée, bien malgré moi, dans une descente!
De police la descente, hein, pas de lit!
Hier, j'étais dans ma voiture et j'allais à la pharmacie chercher des granules homéopathiques (Oui, je sais, je vis dangereusement...) quand soudain, une sirène. Je zieute partout à la recherche du gyrophare mais je ne vois rien. Bon. Quelques secondes plus tard, re-la sirène et dans mon rétroviseur, cette fois, je vois une voiture sombre débouler de la file avec la lumière bleue qui tournait dans le pare-brise. Tout le monde se pousse, je fais de même, on se serait cru dans un film. Et puis j'oublie...
Quelques minutes plus tard, arrivée à destination, la pharmacie, donc, je me gare dans une rue avoisinante car le boulevard est saturé et me voilà partie à la recherche d'une place. J'en vois une, il est presque 19 heures, c'est facile. Un petit créneau et hop, je suis déjà dans la rue, sur le trottoir, le sac en bandoulière, je me dirige d'un bon pas vers la pharmacie. Et c'est là que tout bascule. Deux types sortent d'une maison juste devant moi, je ne les aurais jamais remarqué si...
... si tout à coup, l'un deux ne s'était pas retrouvé aplati sur le capot d'une bagnole avec un flingue sur la tempe et l'autre parterre en un quart de seconde... Le souffle coupé, je me suis faite interpellée: "vous, vous partez vite!" par un autre type avec un brassard sur le bras. Un rapide coup d'oeil m' a averti qu'ils étaient environ une dizaine à braquer les deux gars avec une arme... et moi, bordel... qu'est-ce que je foutais là?
Les deux jambes flageolantes, j'ai poursuivi mon objectif, la pharmacie, où je m'y suis rendue comme un zombi... Une dizaine de minutes plus tard, j'ai jeté un coup d' oeil dans la rue où était ma voiture: tout le monde avait disparu, comme si cela ne s'était pas produit...
A la maison, ma famille a écarquillé les yeux au récit de mon aventure et déjà ce matin, j'ai l'impression d'avoir fait un drôle de rêve: mais non, c'était bien réel...



